mercredi 22 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2117766 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DUHAYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 20 décembre 2021,
24 janvier et 28 septembre 2022 et 3 février 2023, M. G C, représenté par
Me Duhayon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation personnelle dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous la même astreinte, et de lui délivrer dans l'attente de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il contribue à l'éducation et à l'entretien de sa fille de nationalité française ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachées d'une erreur manifeste d'appréciation eu à égard à ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la mesure d'éloignement :
- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme I,
- les conclusions de Mme Mathieu, rapporteure publique,
- les observations de Me Duhayon, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. G C, ressortissant ivoirien né le 4 mars 1992 à Daloa (Côte d'Ivoire), déclare être entré en France le 3 décembre 2013. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " du 22 février 2018 au 22 février 2019, puis d'une carte de séjour pluriannuelle expirant le 21 février 2021, dont il a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 29 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
3. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour de M. C, le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé, d'une part, que M. C constituait une menace pour l'ordre public et, d'autre part, qu'il ne justifiait d'aucun obstacle l'empêchant de mener une vie familiale normale et ne contribuait pas à l'entretien et à l'éducation de son enfant, qui vivait avec sa mère.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C est le père d'une petite fille de nationalité française, Khadija B C, née le 8 juillet 2017 à Montfermeil (93), issue de sa relation avec Mme D, ressortissante française. La vie commune du couple, de Khadija B et du fils de A D, E, issu d'une précédente union, a duré jusqu'à la fin de l'année 2020. Après la séparation du couple, la fille de M. C a vécu avec sa mère et son demi-frère, tout en entretenant des liens réguliers avec son père qui hébergeait les enfants un week-end sur deux. Ce dernier envoyait également régulièrement de l'argent à la mère des enfants pour la prise en charge de sa fille. Par une ordonnance du 1er juillet 2021, le procureur de la République a décidé du placement provisoire en urgence de Khadija B et de son
demi-frère, exposés à l'alcoolisme de leur mère alors enceinte et alternant les phases d'hospitalisation et de retour à domicile. Par un jugement en assistance éducative du
20 juillet 2021, la juge des enfants du tribunal judiciaire de Bobigny, après avoir rappelé la grande qualité du lien affectif entre M. C, sa fille et le demi-frère de celle-ci, a renouvelé le placement des enfants auprès de l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 31 décembre 2021, tout en accordant à M. C un droit de visite et d'hébergement des deux enfants deux week-end par mois, la mère des enfants n'ayant à leur égard qu'un droit de visite. Il ressort des rapports de l'aide sociale à l'enfance et d'un jugement du 20 janvier 2022 de la juge des enfants que pendant cette période de placement, au cours de laquelle la décision attaquée est intervenue, M. C a été très présent pour les deux enfants, particulièrement fragilisés du fait de leur séparation avec leurs parents, et a honoré ses week-ends de garde. La juge des enfants et le service de l'aide sociale à l'enfance ont constaté que Khadija B souffrait de sa prise en charge en collectivité et devait être maintenue, dans la mesure du possible, dans un environnement connu. La juge des enfants a précisé que M. C possédait des capacités éducatives certaines et avait une bonne connaissance des besoins de sa fille, laquelle était particulièrement rassurée en sa présence, et avait su démontrer sa volonté d'implication auprès de celle-ci, justifiant qu'elle lui soit confiée à compter du 1er février 2022. Elle a également relevé que M. C incarnait une " figure paternelle protectrice " pour le jeune E et que celui-ci avait besoin de sa présence à ses côtés.
5. D'autre part, pour estimer que le comportement de M. C constituait une menace pour l'ordre public, le préfet a relevé qu'il était connu des services de police pour des faits d'escroquerie commis en 2016 et de violence sans incapacité commis à l'encontre de
Mme D en 2020. Toutefois, M. C conteste les frais d'escroquerie qui lui sont reprochés, lesquels ne sont ni étayés ni même précisés par le préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et n'ont pas donné lieu à poursuites pénales. Si M. C reconnait les faits de violence sans incapacité commis le 4 mars 2020 qui lui sont reprochés, ceux-ci, isolés, sont intervenus dans le contexte familial conflictuel évoqué au point précédent et ont uniquement donné lieu à un rappel à la loi, aucune poursuite n'ayant été engagée contre M. C. Par ailleurs, la juge des enfants, qui avait connaissance de ces faits ainsi que cela ressort de ses décisions, n'a pas estimé qu'ils faisaient obstacle au maintien du lien de M. C avec sa fille et le demi-frère de celle-ci.
6. Dans ces conditions, dès lors que la mère des jeunes F B et E n'est pas en mesure de s'occuper d'eux ainsi que l'a relevé la juge des enfants, il apparaît que le retour dans le pays d'origine de M. C affecterait de manière suffisamment directe et certaine leur situation et serait, ainsi, de nature à porter une atteinte excessive à leur intérêt supérieur, garanti par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, au regard du but poursuivi par l'arrêté attaqué. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet ne pouvait par suite, sans méconnaître ces stipulations, refuser à M. C la délivrance d'un titre de séjour et ordonner, par voie de conséquence, son éloignement du territoire français.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du
29 novembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Eu égard à son motif d'annulation, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre à M. C une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la
Seine-Saint-Denis d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, à verser à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 29 novembre 2021du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. C une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et au préfet de la
Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Romnicianu, président,
Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,
M. Khiat, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.
La rapporteure,
N. I
Le président,
M. H
La greffière,
S. Le Bourdiec
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026