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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117779

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117779

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117779
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantYTURBIDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2021, M. E, représenté par Me Yturbide, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler sa carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement en lui délivrant, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; à titre infiniment subsidiaire, de lui enjoindre de lui accorder un délai supérieur à trente jours afin d'organiser son départ ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dont il appartiendra au tribunal de fixer le montant en équité.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions de délivrance d'un titre sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 de ce code :

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été prise au terme d'une procédure contradictoire en méconnaissance de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec l'administration ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions de délivrance d'un titre sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle n'est pas motivée :

- elle a été prise au terme d'une procédure contradictoire en méconnaissance de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 25 %, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant bangladais né le 28 décembre 1978, a demandé le 20 décembre 2019 le renouvellement de sa carte de séjour temporaire, en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 9 décembre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige portant refus de séjour vise, en droit, les articles L. 313-3 et le 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde, et mentionne, en fait, que l'intéressé n'atteste pas continuer à contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française et qu'il représente une menace à l'ordre public dès lors qu'il est mentionné au fichier du traitements d'antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits du 5 octobre 2011 de violences volontaires par conjoint ou concubin avec incapacité totale de travail (ITT) de moins de huit jours. La décision en litige portant refus de séjour comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, le requérant n'établit ni même n'allègue avoir demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable. Le préfet n'a en outre pas examiné d'office sa situation au regard de ces dispositions dans son arrêté. L'intéressé ne peut donc utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions à l'encontre de la décision portant refus de séjour.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Par ailleurs, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Il est constant que le requérant, qui ne conteste pas utilement les deux motifs de rejet de sa demande de titre de séjour mentionnés au point 2, est père d'un enfant français né le 10 février 2012 et qu'il est divorcé de la mère de cet enfant en vertu d'un jugement du

12 février 2013, fixant notamment la résidence de l'enfant chez sa mère. Cependant, en dépit d'attestations de proches mentionnant les liens entretenus avec son fils et la circonstance que ce dernier vivrait chez son père certains week-ends, le requérant ne démontre pas, en se bornant à verser des relevés du compte de son fils faisant apparaître différents virements, mais pour des sommes, au nom exprès du requérant, de seulement 260 euros par an en 2020 et en 2019, soit un peu plus de 20 euros par mois seulement, contribuer effectivement à son entretien, depuis au moins deux ans, alors qu'il a travaillé à temps plein durant cette même période. La circonstance que la mère de son enfant français n'aurait pas sollicité le bénéfice de l'allocation de soutien familial auprès de la caisse d'allocations familiales, à la supposer établie, est sans incidence à cet égard. En outre, si M. E peut être regardé comme justifiant, par les pièces qu'il verse au dossier, de son insertion professionnelle, et ce depuis le 1er avril 2013, il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de cette insertion par le travail et ne justifie pas résider habituellement en France depuis treize ans comme il le soutient. Enfin, il est signalé au fichier du traitement d'antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits de violences volontaires par conjoint ou concubin avec ITT de moins de huit jours commis le 5 octobre 2011 et ne conteste pas, en dépit de leur ancienneté, la matérialité de ces faits alors, au demeurant, que son divorce avec la mère de son enfant a été prononcé à ses torts exclusifs à raison de ces faits, comme cela ressort des motifs du jugement précité du 12 février 2013. Dans ces conditions, nonobstant l'achat d'un bien immobilier à Drancy, la décision contestée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, ni à l'intérêt supérieur de son enfant, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations précitées aux points 4 et 5 et n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer () une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 () ".

8. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues, notamment, à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 6, le requérant ne pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il invoque au soutien de ce moyen, sur le fondement duquel il n'a au demeurant pas formulé de demande de titre de séjour, de sorte que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Le moyen tiré du défaut de consultation de cette commission ne peut, par suite, qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, le requérant ne démontre pas l'illégalité de la décision portant refus de séjour et n'est donc pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie d'exception.

10. En deuxième lieu, en vertu des dispositions combinées de deux arrêtés n° 2020-1515 du 31 juillet 2020 et 2020-2175 du 2 octobre 2020, publiés au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis respectivement les 31 juillet 2020 et 5 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à Mme D C, signataire des décisions attaquées, délégation de sa signature à l'effet de signer de telles décisions, en cas d'absence ou d'empêchement de personnes dont il n'est pas établi ni même allégué qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées à la date à laquelle ces décisions ont été prises. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire serait entachée d'incompétence doit être écarté.

11. En troisième lieu, il ressort de l'ensemble des dispositions du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment de son article L. 512-1, applicables à la date de l'arrêté en litige, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des obligations de quitter le territoire français. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la loi du 12 avril 2000 susvisée qu'il invoque, qui ont au demeurant été reprises, à la date de l'arrêté en litige, à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du vice de procédure doit, par suite, être écarté.

12. En quatrième lieu, le requérant n'est pas fondé, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 6, à soutenir qu'un titre de séjour devrait lui être délivré sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la mesure d'éloignement édictée à son encontre serait, pour cette raison, entachée d'erreur de droit.

13. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () / La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

15. Il est constant que le requérant n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, si le préfet a considéré que l'intéressé représente une menace à l'ordre public dès lors qu'il est mentionné au fichier du traitement des antécédents judiciaires pour des faits du 5 octobre 2011 de violences volontaires par conjoint ou concubin avec ITT de moins de huit jours, ces faits sont anciens, même si, comme il a été dit, le requérant n'en conteste pas la matérialité et que le divorce avec son épouse a été prononcé à ses torts exclusifs. Enfin, le requérant est père d'un enfant français résidant en France. Dans ces conditions, en édictant à son encontre une interdiction de retour et en en fixant la durée à deux ans, le préfet a commis une erreur d'appréciation. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés à son encontre, la décision d'interdiction de retour doit être annulée.

16. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis qu'en tant qu'il édicte à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, n'implique aucune mesure d'exécution demandée. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le requérant, qui ne sont au demeurant pas chiffrées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 décembre 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. A, magistrat honoraire faisant fonction de premier conseiller,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

Le rapporteur,

L. B

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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