mercredi 22 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2117808 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 décembre 2021 et 9 février 2022, M. D B, représenté par Me Koszczanski, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ou un titre de séjour dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait s'agissant de sa situation professionnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé lié par l'avis de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2022, le préfet de la
Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le pack employeur fourni par M. B ne permet pas de considérer qu'il justifie d'une insertion professionnelle pertinente ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Koszczanski substituée par Me Simon , représentant
M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sri lankais, né le 5 mai 1976 à Periyaveli (Sri Lanka), et déclarant être entré sur le territoire français le 22 février 2008, a sollicité, le 22 novembre 2018, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 septembre 2019, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre de séjour ainsi sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé. Le tribunal a annulé cet arrêté par un jugement n° 1910895 du 28 janvier 2020, au motif que le préfet n'avait pas saisi au préalable la commission du titre de séjour, et a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. B, ce qu'il a fait après avoir saisi ladite commission, laquelle a émis un avis défavorable à la régularisation de M. B. Par un arrêté du 30 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet se serait cru lié par l'avis défavorable de la commission du titre de séjour, dès lors notamment qu'il ressort de cette décision qu'il ne s'est pas fondé sur ce seul motif pour rejeter la demande de titre de séjour de l'intéressé. En outre, en indiquant que la commission du titre de séjour avait émis un avis défavorable à la demande de M. B, et en mentionnant les motifs de cet avis, tout en les requalifiant, à savoir que M. B ne maîtrisait pas la langue française, qu'il ne justifiait pas d'une insertion professionnelle et que ses intérêts familiaux se trouvaient au
Sri-Lanka, le préfet a seulement entendu s'approprier les motifs de cet avis.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui n'était pas tenu de rappeler dans la décision l'ensemble des éléments de la situation de M. B, s'agissant notamment du rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile en 2010 et de sa demande de réexamen en 2012, se serait abstenu de se livrer à un examen de la situation particulière du requérant. En particulier, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet s'est approprié les motifs de l'avis de la commission du titre de séjour, en relevant que M. B ne justifiait pas d'une insertion professionnelle, et s'est ainsi prononcé sur la possibilité pour lui de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail.
5. En quatrième lieu, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait en relevant que M. B ne justifiait pas d'une insertion professionnelle, alors que celui-ci se borne à produire un contrat de travail et les fiches de paye afférentes pour un emploi de boulanger qu'il a occupé du 16 février 2016 la fin du mois d'avril 2017, plus de 4 ans avant la décision attaquée, et une demande d'autorisation de travail du 4 janvier 2021 pour occuper un emploi de commis de cuisine.
6. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".
7. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
8. M. B, qui est entré en France en 2008, se prévaut de la durée de sa présence en France, où il soutient avoir établi ses attaches personnelles, et de son insertion professionnelle. Toutefois, d'une part, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué que son épouse et leurs deux enfants mineurs résident au Sri Lanka, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans, et le requérant ne justifie pas avoir noué des liens d'une particulière intensité en France. D'autre part, ainsi qu'il a été dit, en se bornant à produire un contrat de travail et les fiches de paye afférentes pour un emploi de boulanger qu'il a occupé du
16 février 2016 à la fin du mois d'avril 2017, plus de 4 ans avant la décision attaquée, et une demande d'autorisation de travail du 4 janvier 2021 pour un emploi de commis de cuisine, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle significative au regard de la durée totale de sa présence en France. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de M. B ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
9. Compte tenu de la situation de M. B telle que décrite au point 8, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la mesure d'éloignement doivent être écartés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui a relevé dans sa décision que M. B n'établissait pas être exposé à des peines ou traitement contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.
11. En deuxième lieu, le requérant soutient que la décision fixant le pays de destination a été prise en méconnaissance des stipulations et dispositions précitées au motif qu'il risquerait de subir des traitements inhumains et dégradants dans son pays d'origine en raison de son appartenance à la minorité tamoule. Il mentionne notamment des notes d'actualité des
21 novembre et 5 décembre 2019 de l'Organisation Suisse d'Aide aux Réfugiés soulignant la persécution persistante contre les personnes d'origine tamoule au Sri-Lanka qui s'accentuerait depuis l'élection du 16 novembre 2019 du président Rajapaksa. Toutefois, il n'apporte pas plus d'éléments que ceux présentés devant la Cour nationale du droit d'asile, qui a rejeté sa demande d'asile le 29 juillet 2010, ainsi que lors sa demande de réexamen présentée en 2012, pour fonder de telles craintes de persécution en cas de retour dans son pays d'origine et notamment des liens personnels et spécifiques qu'il aurait pu entretenir avec les Tigres de libération de l'Eelam Tamoul (LTTE) et d'un éventuel engagement notable et avéré en faveur de ce mouvement. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 30 novembre 2021. Ses conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent par conséquent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Romnicianu, président,
Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,
M. Khiat, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.
La rapporteure,
N. C
Le président,
M. A
La greffière,
S. Le Bourdiec
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026