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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117888

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117888

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117888
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantBALME LEYGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2021, M. B C, représenté par Me Balme Leygues, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté attaqué dans son ensemble :

-il est entaché d'une incompétence ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il a produit le contrat de travail exigé par la réglementation en vigueur ;

- il est entaché d'erreur de droit au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

-elle est entachée d'un défaut de motivation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique,

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Balme Leygues, représentant M. C.

Une note en délibéré, enregistrée le 16 février 2023 à 17h13, a été présentée pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 7 novembre 1997, a déposé une demande de carte de séjour temporaire, le 8 juin 2021. Par un arrêté en date du 15 décembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'arrêté attaqué dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. E D, sous-préfet du Raincy, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, lorsqu'il demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger est appelé à préciser les motifs qui, selon lui, sont susceptibles de justifier que lui soit accordé un droit au séjour en France. L'intéressé doit produire, à l'appui de sa demande, tous éléments susceptibles de venir à son soutien. Il lui est également possible, lors du dépôt de cette demande, lequel doit, en principe, faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utiles à l'agent de préfecture chargé d'enregistrer sa demande, voire de s'informer des conséquences d'un éventuel refus opposé à sa demande. En outre, il lui est loisible, tant que sa demande est en cours d'instruction, de faire valoir des observations écrites complémentaires, au besoin en faisant état de nouveaux éléments, ou de demander, auprès de l'autorité préfectorale, un entretien afin d'apporter oralement les précisions et compléments d'information qu'il juge utiles. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, qui ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, ait été empêché de présenter des observations pertinentes de nature à avoir une incidence sur le sens de l'arrêté pris à son encontre. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié ". () "

5. Le requérant soutient que la décision en litige est entachée d'une erreur de fait en ce qu'il a produit le contrat de travail exigé par la réglementation en vigueur. Il ressort des pièces du dossier que M. C ne produit qu'un contrat de travail à durée déterminée en date du 12 octobre 2017 portant sur la période du 16 octobre 2017 au 16 janvier 2018, non visé par les autorités compétentes. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur de fait.

6. En quatrième lieu, M. C ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, de la stabilité et de l'ancienneté et de sa présence en France, ainsi que de celle de son activité professionnelle. Célibataire et sans enfant, il ne justifie pas davantage de liens personnels et familiaux intenses en France, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et sa fratrie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis a regardé M. C comme susceptible de constituer une menace à l'ordre public dès lors qu'il est connu des services de police pour des faits de recel de bien provenant d'un vol, de détention non autorisée de stupéfiants et usage illicite de stupéfiants. Le requérant soutient ne pas avoir eu connaissance de l'origine frauduleuse du téléphone portable acheté sur Internet et il ne conteste pas les autres faits pour lesquels il est connu mais fait valoir qu'il n'a jamais fait l'objet de condamnation. En l'absence d'observation du préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ces faits ne permettent pas de regarder M. C comme susceptible de constituer une menace à l'ordre public. Toutefois, eu égard aux conditions du séjour en France de M. C telles que décrites aux points 5 et 6, le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur de droit.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; "

10. M. C n'établissant pas que la décision de refus de titre de séjour serait illégale, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions précitées en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

13. L'arrêté attaqué en litige vise notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application et énonce avec une précision suffisante les éléments relatifs aux conditions et à la durée du séjour de l'intéressé en France, notamment en ce qui concerne l'existence d'une menace à l'ordre public. Ainsi, la décision en litige est suffisamment motivée tant dans son principe que dans sa durée.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

J. Jimenez Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2117888

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