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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117923

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117923

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117923
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantIBRAHIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 décembre 2021, Mme E A épouse B, représentée par Me Ibrahim, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de carte de séjour temporaire, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il méconnaît le 1 de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il méconnaît l'article 10 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 juin 2023 :

- le rapport de M. Breuille,

- les observations de Me Ibrahim, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A épouse B, ressortissante chinoise née le 27 février 1984, demande l'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 16 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs du 17 septembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme D C, cheffe du pôle refus de séjour et interventions, signataire de l'arrêté litigieux, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration et du chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, pour signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire, fixation du délai de départ et interdiction de retour. Dès lors qu'il n'est pas établi que les autorités précitées n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque l'arrêté en cause a été pris, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Par ailleurs, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes du 1 de l'article 9 de la même convention : " Les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant ". L'article 10 de cette convention stipule que : " 1. Conformément à l'obligation incombant aux États parties en vertu du paragraphe 1 de l'article 9, toute demande faite par un enfant ou ses parents en vue d'entrer dans un État partie ou de le quitter aux fins de réunification familiale est considérée par les États parties dans un esprit positif, avec humanité et diligence. Les États parties veillent en outre à ce que la présentation d'une telle demande n'entraîne pas de conséquences fâcheuses pour les auteurs de la demande et les membres de leur famille. / 2. Un enfant dont les parents résident dans des États différents a le droit d'entretenir, sauf circonstances exceptionnelles, des relations personnelles et des contacts directs réguliers avec ses deux parents. A cette fin, et conformément à l'obligation incombant aux États parties en vertu du paragraphe 2 de l'article 9, les États parties respectent le droit qu'ont l'enfant et ses parents de quitter tout pays, y compris le leur, et de revenir dans leur propre pays. Le droit de quitter tout pays ne peut faire l'objet que des restrictions prescrites par la loi qui sont nécessaires pour protéger la sécurité nationale, l'ordre public, la santé ou la moralité publiques, ou les droits et libertés d'autrui, et qui sont compatibles avec les autres droits reconnus dans la présente Convention ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est mariée depuis le

2 septembre 2017 à un compatriote titulaire d'une carte de résident délivrée en 2015 ayant une durée de validité de dix ans. Il ressort des pièces du dossier qu'un enfant est né le 6 janvier 2018 de cette union et que la communauté de vie du couple est démontrée par les pièces versées au dossier depuis 2017. Néanmoins, la requérante ne justifie que d'une promesse d'embauche, émanant de son mari, en tant que caissière en contrat à durée indéterminée à temps complet si elle est régularisée et ne démontre une insertion professionnelle qu'à compter du mois d'août 2021 pour cet emploi qu'elle exerce déjà. En outre, la requérante a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 23 septembre 2019 à l'occasion d'un refus de titre de séjour. Aussi et surtout, elle ne justifie pas de ce qu'il existerait des obstacles réels et sérieux à sa séparation momentanée avec son époux et leur enfant, le temps que la procédure de regroupement familial puisse aboutir, alors que son époux justifie travailler à la date de l'arrêté en litige depuis le mois de janvier 2016 sans discontinuer. Dans ces conditions, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'ont pas méconnu les stipulations précitées aux points 4 et 5. En tout état de cause, les stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant créent seulement des obligations entre États sans ouvrir de droits aux intéressés, et la requérante ne peut donc utilement se prévaloir de ces stipulations pour demander l'annulation de l'arrêté contesté, tandis que les stipulations de l'article 10 de cette convention, qui ont pour objet de permettre une réunification familiale, ne peuvent davantage être utilement invoquées à l'encontre de cet arrêté qui n'a pas pour objet ou pour effet de refuser une telle réunification. Pour les mêmes motifs, les décisions portant refus de séjour et mesure d'éloignement ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En revanche, il est constant que la présence de la requérante sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressée dispose d'attaches personnelles en France dès lors qu'elle est mariée à un compatriote en situation régulière et que son enfant est scolarisé en classe de petite section au titre de l'année 2021-2022. Dans ces conditions, en dépit de sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement édictée le 23 septembre 2019, et au regard des effets de l'interdiction de retour, laquelle empêcherait l'époux de la requérante, après l'éloignement de l'intéressée vers son pays d'origine, de demander le regroupement familial avant l'échéance de l'interdiction de retourner en France, Mme A épouse B est fondée à soutenir qu'en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Dans ces conditions, la requérante est fondée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés à son encontre, à demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A épouse B est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2021 du préfet de la Seine Saint Denis en tant qu'il porte interdiction de retour pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, n'implique aucune mesure d'exécution sollicitée par la requérante. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A épouse B doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a édicté à l'encontre de Mme A épouse B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A épouse B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A épouse B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

L. Breuille

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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