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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117934

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117934

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117934
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantMOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 décembre 2021 et le 21 janvier 2022, M. C B, représenté par Me Morel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de résident ou, à titre subsidiaire, une carte pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre très subsidiaire, une carte de séjour temporaire portant la même mention dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Dans le dernier état de ses écritures, il soutient que :

­ la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ;

­ elle est entachée, à titre principal, d'une erreur de droit au regard de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, d'une méconnaissance des articles L. 411-4, L. 423-12, L. 423-23, L. 432-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

­ elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 20 juillet 2022 a fixé la clôture d'instruction au 19 août 2022.

Sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été demandées au requérant, le 24 août 2022, pour compléter l'instruction. Une réponse à cette demande a été enregistrée le 30 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

­ le rapport de M. Doyelle, premier conseiller,

­ les conclusions de Mme Cayla, rapporteure publique,

­ les observations de Me Morel, avocate, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien né en 1988, a sollicité, le 25 février 2019, la délivrance d'une carte de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Le requérant demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. " D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". " Enfin, aux termes de l'article R. 311-2 de ce code, dans sa version en vigueur entre le 9 mars 2014 et le 1er novembre 2016 : " La demande est présentée par l'intéressé dans les deux mois de son entrée en France. S'il y séjournait déjà, il présente sa demande : / () 4° Soit dans le courant des deux derniers mois précédant l'expiration de la carte de séjour dont il est titulaire, sauf s'il est titulaire du statut de résident de longue durée-UE accordé par la France en application des articles L. 314-8 et L. 314-8-2. " Lorsque le préfet est saisi d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour après expiration du délai mentionné au 4° de l'article R. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette demande doit être regardée comme tendant à la première délivrance d'un titre de séjour de même nature.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été titulaire d'une carte de résident de dix ans valable du 27 mars 2006 au 26 mars 2016 et qu'il a été muni de récépissés de demande de carte de séjour pour la délivrance d'un premier titre portant la mention vie privée et familiale entre le 28 septembre 2017 et le 7 septembre 2021. Il ne ressort des pièces du dossier ni que l'intéressé aurait déposé, à l'expiration de sa première carte de résident, une demande de renouvellement dans les délais prévus par les dispositions précitées de l'article R. 311-2 alors applicables, comme il l'a confirmé à l'audience, ni qu'il a été titulaire du statut de résident de longue durée-UE. Le requérant ne produit en effet aucune pièce pour justifier la régularité de sa situation administrative au cours de la période de dix-huit mois séparant la date d'expiration au 26 mars 2016 de la carte de résident et le premier récépissé dont il a été muni le 28 septembre 2017. Il ne justifie ainsi pas qu'il aurait dû bénéficier du renouvellement de plein droit d'une carte de résident et que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne pouvait alors légalement pas lui opposer l'existence d'une menace pour l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. D'autre part, pour rejeter la demande de délivrance d'une carte de séjour de M. B, le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré que la présence de l'intéressé sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public au motif que le tribunal correctionnel de Nanterre l'a condamné, le 3 novembre 2015, à une peine d'emprisonnement d'un an et six mois dont onze mois avec sursis pour recel habituel de biens provenant d'un délit, qu'en outre, la chambre des appels correctionnels de Paris l'a condamné, le 18 janvier 2017, à une peine d'emprisonnement d'un an et à quatre mille euros d'amende pour recel de bien provenant d'un vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, qu'enfin, le tribunal de grande instance de Nanterre l'a condamné, le 5 septembre 2018, à une amende de cinq cents euros pour conduite de véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique et que le tribunal de grande instance de Paris l'a condamné, le 27 juin 2019, à quatre-vingt dix jours-amende à cinq euros pour récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique. L'intéressé est par ailleurs connu du fichier du traitement des antécédents judiciaires pour dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui le 28 juin 2016. Le requérant fait valoir que les peines d'emprisonnement se rattachent à des faits commis pendant une période ancienne, entre 2009 et 2012 selon lui, et qu'il a réalisé un stage de prévention routière et passé un examen psychotechnique en lien avec la suspension du permis de conduire de six mois dont il a fait l'objet à la suite des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique. Compte tenu néanmoins de la gravité des faits qui ont donné lieu à des peines d'emprisonnement et de leur caractère réitéré, en dépit de leur relative ancienneté, auxquels se sont ajoutés d'autres condamnations pour des faits liés à la sécurité routière certes moins graves mais plus récents et également réitérés, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a commis aucune erreur de droit ou erreur manifeste d'appréciation en retenant l'existence d'une menace pour l'ordre public. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 et, en tout état de cause, de l'article L. 411-4 doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. Si le caractère répréhensible du comportement de M. B est établi, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est entré sur le territoire français à l'âge de quatorze ans au cours de l'année 2002, qu'il y réside habituellement depuis près de vingt ans à la date de la décision attaquée, qu'il y a suivi une partie de sa scolarité et qu'il y dispose des membres de sa famille qui ont attesté de leurs liens affectifs, à savoir notamment son père, une sœur et un frère qui sont en situation régulière et sa mère et une autre sœur qui ont la nationalité française. De plus, le requérant soutient sans être contredit qu'il ne dispose plus d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'ancienneté de séjour sur le territoire français de l'intéressé, à la présence de sa famille en France et à l'absence de lien avec son pays d'origine, la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre doit être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard de l'objectif d'ordre public poursuivi. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire.

8. Eu égard à son motif, l'exécution du présent jugement implique nécessairement d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la date de sa notification. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au profit de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 novembre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 (mille) euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le rapporteur,Le président,SignéSignéG. DoyelleC. Tukov La greffière,SignéM. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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