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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117972

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117972

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117972
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantARDAKANI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. A une requête enregistrée le 28 décembre 2021, sous le numéro 2117972, M. I H, représenté A Me Ardakani, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 novembre 2021 A lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit d'y retourner pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, ou à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.

Le requérant soutient que :

- la décision du refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle aurait dû être précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- l'interdiction de retour est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle doit être annulée A voie de conséquence ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

II. A une requête enregistrée le 28 décembre 2021, sous le numéro 2117975, Mme G C épouse B, représentée A Me Ardakani, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 novembre 2021 A lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, ou à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.

La requérante soutient que :

- la décision du refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle aurait dû être précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- l'interdiction de retour est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle doit être annulée A voie de conséquence ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950,

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 juin 2022 :

- le rapport de M. F,

- et les observations de Me Ardakani pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées, enregistrées sous les numéros 2117972 et 2117975, respectivement pour M. B et Mme B, présentent à juger les mêmes questions. Il y a ainsi lieu de les joindre pour y statuer A un seul jugement.

2. M. et Mme B sont des ressortissants indiens qui ont présenté le 30 mars 2021 une demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Ils demandent chacun pour ce qui le concerne l'annulation des arrêtés du 29 novembre 2021 A lesquels le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à leur demande et les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués mentionnent les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour estimer que la situation des requérants n'entrait pas dans les prévisions des dispositions de l'article L. 435-1. Ils respectent ainsi les exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et sont suffisamment motivées, sans que les requérants puissent utilement faire valoir que l'arrêté devrait mentionner des textes sur lesquels il n'est pas fondé.

4. En deuxième lieu, si M. B soutient résider en France depuis le 27 mai 2010, donc depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté le concernant, il ne produit, pour attester de sa résidence en France au cours de l'année 2012, qu'une attestation de domiciliation du 16 juillet de cette année et un relevé bancaire mentionnant un retrait deux jours suivants. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il justifie d'une résidence habituelle en France de plus de dix années et que le préfet ne pouvait rejeter sa demande sans en saisir la commission du titre de séjour en application du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, âgé de trente-sept ans, justifie d'une résidence en France depuis 2010, et que Mme B, âgée de trente-trois ans, en justifie depuis 2013, avec leurs deux enfants nés en 2016 et 2017. Ces seules circonstances ne sont pas suffisantes pour établir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou, en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte en outre que les requérants, qui n'entrent pas dans les catégories ouvrant plein droit à un titre de séjour, ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté aurait dû être précédé de la saisine de la commission du titre de séjour.

6. En quatrième lieu, dès lors que les requérants ne font valoir aucun obstacle à la reconstitution de la cellule familiale ou à la scolarisation de leurs enfants dans leur pays d'origine, ils ne sont pas fondés à se prévaloir d'une méconnaissance A le préfet de l'intérêt supérieur de leurs enfants protégés A les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ou d'une erreur de droit dans leur application.

7. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle des requérants, qui ne sauraient utilement se prévaloir des textes non réglementaires publiés A le ministre de l'intérieur, notamment au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Il ressort des termes de l'arrêté que le préfet n'a pas examiné l'opportunité de d'interdire le retour de M. et Mme B sur le territoire français au regard des quatre critères mentionnés A les dispositions précitées, mais s'est borné à examiner si des circonstances humanitaires feraient obstacle à une telle interdiction. Les requérants sont en conséquence fondés à soutenir qu'il est entaché d'erreur de droit.

10. Il résulte de ce qui précède que les arrêtés du 29 novembre 2021 en tant seulement qu'ils ont interdit à M. et Mme B de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

11. Les annulations prononcées A le présent jugement n'impliquent aucune mesure d'exécution. Il y a en conséquence lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction formées A les requérants.

12. Il n'y a enfin pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme au titre des frais d'instance exposés A les requérants.

D É C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 29 novembre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis sont annulés en tant qu'il est interdit à M. et Mme B de retourner sur le territoire français pendant deux années.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. I H, à Mme G C épouse B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Hoffmann, président du tribunal,

M. Le Garzic, vice-président,

Mme Van Maele, première conseillère.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. F

Le président,

Signé

M. E La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2117972 et 2117975

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