mercredi 20 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2117991 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | EL ABDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 décembre 2021, M. B E A, représenté par Me El-Abdi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit.
Par ordonnance du 17 janvier 2022 la clôture d'instruction a été fixée au
18 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990,
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Gosselin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant égyptien né le 1er juillet 1984 à Dakahliya (Egypte), a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 29 janvier 2021 dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-0796 du 7 avril 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 8 avril 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme D C, signataire de la décision attaquée, chef du pôle refus de séjour et interventions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque les décisions en cause ont été prises. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles pertinents de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code civil. Il indique notamment que l'intéressé n'atteste pas continuer à contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française. Il ajoute qu'il est au connu aux fichiers des antécédents judiciaires pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis en date du 27 octobre 2020. Il ajoute que l'intéressé ne justifie pas d'une situation personnelle et familiale en France à laquelle la décision porterait une atteinte disproportionnée. Enfin, le préfet indique que l'intéressé n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays où elle est effectivement réadmissible. Si M. A soutient que le préfet a commis un défaut d'examen de sa situation en ne mentionnant pas qu'il s'occupe de son enfant, il ressort des pièces du dossier que d'une part, il ne l'établit et d'autre part, le préfet mentionne que M. A n'établit pas ces allégations. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L.313-11, désormais repris à l'article L. 323-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant () ".
5. Si le requérant soutient qu'il est père d'un enfant français né le 10 novembre 2017 et qu'il contribue à son entretien et son éducation, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait effectivement contribué à son entretien et son éducation. Si M. A verse à l'instance des relevés bancaires des mois de juin, juillet et octobre, établissant des versements à la mère de son enfant, ces pièces ne peuvent suffire en elle-même à établir que M. A contribue à l'entretien et l'éducation de son enfant. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que la présence en France de M. A constitue une menace à l'ordre public en raison de faits de conduite d'un véhicule sans permis le 27 octobre 2020 figurant au fichier des antécédents judiciaires, qui démontrent son manque d'insertion au sein de la société française et sa volonté de ne pas respecter les valeurs de la république. Il en résulte que M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. A.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 2, que la décision attaquée n'est pas entachée d'incompétence.
7. En deuxième lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 3, que la décision attaquée n'est pas entachée d'un défaut de motivation, ni d'un défaut d'examen.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été dit au point 5, que M. A ne démontre pas qu'il aurait effectivement contribué à l'entretien et l'éducation de son enfant. En outre, eu égard aux mentions figurant au fichier des antécédents judiciaires, M. A représente une menace pour l'ordre public. De plus si M. A soutient être entré en France en 2016, il ne produit pas de pièces suffisamment nombreuses, diversifiées et probantes pour établir sa présence habituelle et régulière en France depuis cette date. Si M. A produit par ailleurs un extrait d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés en date du 24 novembre 2019 pour un emploi de marchand ambulent et un certificat de travail au sein de la société 2F Renov Peintre, en qualité de peintre, du 28 septembre 2020 au 31 octobre 2020, le caractère récent et discontinu de cette insertion professionnelle ne permet pas d'établir une insertion professionnelle suffisamment stable et pérenne. Ainsi, l'arrêté par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler à M. A un titre de séjour n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Cette décision n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur de droit.
10. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
11. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant de M. A n'est scolarisé en France que depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, comme il a été rappelé au point 5, l'intéressé n'établit par aucune pièce participer effectivement à l'éducation de son enfant. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants et, par suite, des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
12. En cinquième lieu, M. A n'établit pas disposer de liens familiaux intenses et ancrés sur le territoire national, ni de participer effectivement à l'éducation de son enfant. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
13. En sixième lieu, pour les motifs rappelés au point 5, M. A ne peut se prévaloir des stipulations de l'article L. 611-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ". Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit dans l'application de ces dispositions.
Sur la decision fixant le pays de destination :
14. Il ressort de ce qui a été dit au point 3, que la décision n'est pas entachée d'un défaut de motivation.
15. M. A n'établissant pas que l'obligation de quitter le territoire serait illégal, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté
29 janvier 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Gosselin, président,
- M. Robbe, premier conseiller,
- M. Iss, premier conseiller.
Lu en audience publique le 20 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
C. Gosselin
L'assesseur le plus ancien,
Signé
J. Robbe
La greffière,
Signé
St. Desplan
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026