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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2118115

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2118115

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2118115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMEUROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2021, Mme B A G F, représentée par Me Meurou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 dès lors qu'elle ne peut bénéficier de ces stipulations, son conjoint étant un ressortissant tunisien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 5) de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un DDV :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision prononçant une IRTF de deux ans :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet de Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,

- et les observations de Me Raymond, représentant Mme A épouse F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse F, ressortissante algérienne, entrée en France en 2015 sous couvert d'un visa de court séjour et qui a fait l'objet d'un arrêté du 10 mai 2019 du préfet de la Seine-Saint-Denis rejetant sa demande de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a de nouveau sollicité le 31 mars 2021 son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 30 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

2. Il ressort des pièces du dossier que la requête de Mme A épouse F a été enregistrée au greffe du tribunal le 29 décembre 2021, soit dans le délai de trente jours à compter de la réception le 2 novembre 2021 de la décision attaquée. Par suite la fin de non-recevoir doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021, régulièrement publié, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. E C, sous-préfet du Raincy pour signer les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, adopté notamment au visa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'accord franco-algérien notamment son article 6 alinéa 5 relève en particulier que l'intéressé, entré en France en 2015, titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour du 30 octobre 2018 au 29 avril 2018 qui a fait l'objet le 10 mai 2019 d'une obligation de quitter le territoire français, est mariée depuis le 25 mars 23016 avec un ressortissant tunisien titulaire d'une carte de résident valide jusqu'au 19 décembre 2027, sans charge de famille, ne justifie pas d'obstacle à mener une vie familiale en Algérie avec son conjointe et est susceptible de bénéficier de la procédure de regroupement familial si son époux en fait la demande. Elle comporte ce faisant les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation doit, comme celui tiré du défaut d'examen particulier, être écarté.

5. En troisième lieu, la requérante soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle fait référence à l'article 4 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 alors qu'elle ne peut bénéficier de ces stipulations, son conjoint étant un ressortissant tunisien et non algérien. Toutefois, cette erreur sur l'accord applicable en l'espèce concernant la procédure de regroupement familial, qui constitue une simple erreur de plume, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le préfet de la Seine-Saint-Denis que Mme A épouse F a contracté mariage en France avec un ressortissant tunisien le 25 mars 2016 et que la communauté de vie du couple est établie depuis 2017, soit depuis presque quatre ans à la date de la décision attaquée. Si la requérante, qui s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français sans exécuter la précédente obligation de quitter le territoire français fondée notamment sur la possibilité de bénéficier de la procédure de regroupement familial, produit des documents médicaux ainsi qu'une attestation relative au suivi de son époux pour une infertilité masculine depuis le 21 août 2018 et de leur suivi dans le centre de procréation médicalement assisté du centre hospitalier de Saint-Denis, il ne ressort pas des pièces du dossier que les démarches entamées en vue d'une procédure de procréation médicalement assistée seraient parvenues à un stade avancé à la date de la décision attaquée et seraient ainsi mis en échec par la présente décision. Si son époux est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2027 et justifie travailler en France, la requérante ne justifie d'aucune activité professionnelle depuis son entrée en France et se borne à produire une promesse d'embauche établie au demeurant postérieurement à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces circonstances, et alors que la requérante serait en mesure de bénéficier de la procédure de regroupement familial et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que son absence pendant le temps nécessaire à l'instruction d'une procédure de regroupement familial fasse obstacle à un projet de procréation médicalement assistée, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport à son objet, en méconnaissance des stipulations précitées des articles 6 de l'accord franco-algérien et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté.

10. L'obligation de quitter le territoire français, adoptée sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui vise cet article, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte en fait de celle du refus de titre. Par suite, elle comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation doit, comme celui tiré du défaut d'examen particulier, être écarté.

11. Enfin il résulte de ce qui précède et pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-5) de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision de refus d'un délai de départ volontaire doit être écarté. Il en va de même et pour les motifs exposés ci-dessus du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte.

13. En deuxième lieu, la décision attaquée indique que l'intéressée a fait l'objet, le 10 mai 2019 d'une précédente obligation de quitter le territoire français, qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire, et qu'il existe un risque qu'elle se soustraie à la présente obligation de quitter le territoire français. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée. Elle n'est pas davantage entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

14. En troisième lieu, le requérant ne conteste pas avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qui n'a pas été exécutée. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, et en dépit des liens familiaux de la requérante, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté. Il en va de même et pour les motifs exposés ci-dessus du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte.

16. La décision fixant le pays de destination, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou risques en cas de retour dans son pays, comporte les considérations de fait et de droit qui la constituent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

17. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

19. Compte tenu de ce qui précède, concernant la vie familiale de la requérante sur le territoire français et la possibilité pour elle de bénéficier du regroupement familial si son époux en fait la demande, c'est à tort, dans les circonstances de l'espèce, que le préfet a assorti l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de de deux ans.

20. Il résulte de ce qui précède que Mme A épouse F est uniquement fondée à demander l'annulation de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

21. Le présent jugement, qui ne fait droit qu'aux conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas pour l'essentiel du litige la partie perdante à la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 30 novembre 2021 est annulé en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse F et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M. D

La présidente,

Signé

N. Ribeiro-MengoliLa greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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