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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2118141

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2118141

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2118141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantTAVARES DE PINHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 décembre 2021, Mme A B, représentée par Me Tavares de Pinho, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de ses deux fils ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'autoriser le regroupement familial sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des frais d'instance.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation en fait et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard notamment des dispositions des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 7 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 octobre 2022 :

- le rapport de Mme G ;

- les observations de Me Tavares de Pinho, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malienne, demande l'annulation de la décision du 3 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de ses deux fils respectivement nés en 2003 et 2005.

2. En premier lieu, par un arrêté du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme F E, directrice des étrangers et des naturalisations pour signer, en particulier, les décisions relatives au regroupement familial. Par un arrêté du 16 septembre 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du jour suivant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. D C, adjoint au chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, pour exercer la délégation de signature consentie à la directrice des migrations et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de l'intéressée et du chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, pour l'ensemble des attributions de ce bureau, duquel relève la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision indique, d'une part, que Mme B ne remplit pas les conditions de ressources dès lors que ses revenus mensuels bruts pour la période des douze mois précédant sa demande de regroupement familial, qui s'élèvent à 1 293 euros, est inférieur au montant de 1 676 euros pris comme référence pour une famille composée de quatre personnes et, d'autre part, que la décision ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'elle est entrée en France en 2008 et n'établit pas être dans l'impossibilité de rejoindre ses enfants dans son pays d'origine. Cette motivation en fait, qui met la requérante en mesure de connaître les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter sa demande, respecte les exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté, de même que celui tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de Mme B.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes :

1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : () 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; / () ".

5. D'une part, il ressort de la lecture de la décision attaquée que pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par Mme B au bénéfice de ses deux enfants nés en 2003 et 2005, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé le motif tiré de l'insuffisance des ressources de l'intéressée durant la période de douze mois précédent sa demande au regard du montant exigé pour une famille de quatre personnes. Il ressort du seul document produit par Mme B pour justifier de ses ressources, à savoir une attestation de paiement des indemnités qu'elle a perçues entre le 3 janvier 2019 et le 31 décembre 2020 au titre de l'accident du travail dont elle a été victime le 9 mai 2019, que les ressources de l'intéressée durant les années 2019 et 2020 sont inférieures au niveau de revenus correspondant au salaire minimum de croissance majoré de 10%, sans que Mme B ne justifie ni même n'allègue d'évolution favorable de ses ressources en 2021. Il s'ensuit qu'en estimant que ses ressources étaient insuffisantes, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 4.

6. En quatrième lieu, dès lors que pour prendre la décision attaquée, le préfet ne s'est pas fondé sur le motif tiré de ce que Mme B ne remplissait pas les conditions de régularité de séjour, de logement, de liens de filiation avec les bénéficiaires de la demande et de conformité aux principes essentiels qui régissent la vie familiale en France, auxquelles est soumise la procédure de regroupement familial, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ce qu'elle remplit ces conditions.

7. En cinquième lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". D'autre part, aux termes des stipulations du 1de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de rejeter une demande de regroupement familial d'apprécier si l'atteinte que cette mesure porterait à la vie familiale du demandeur serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise. Il lui appartient également, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, d'accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a quitté le Mali en 2008, alors que ses enfants étaient âgés de trois et cinq ans et que ces derniers vivent séparés de leur mère depuis douze ans à la date de la demande de regroupement familial. Si la requérante soutient que le cousin auquel elle les a confiés n'a plus les moyens de les prendre en charge, elle n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations et n'allègue pas ne plus pouvoir les aider financièrement depuis la France, comme elle justifie déjà le faire. En outre, Mme B n'invoque aucun élément de nature à faire obstacle à ce qu'elle puisse leur rendre visite au Mali. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 5, la requérante ne justifie pas de ressources suffisantes pour lui permettent d'accueillir ses enfants en France dans des conditions décentes. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté à son droit de mener une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ni méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision préfectorale du 3 novembre 2021. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. G

Le président,

Signé

C. Tukov La greffière,

Signé

N. Kasime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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