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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2118145

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2118145

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2118145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantNUNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Nunes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou tout autre titre l'autorisant à séjourner sur le territoire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de défaut de motivation ;

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne mentionne pas les pièces médicales sur lesquelles il est fondé, pas plus que le collège ne s'est prononcé en considération d'un rapport du médecin rapporteur qui analyserait ces pièces ;

- le préfet aurait dû consulter la commission du titre de séjour ;

- la procédure contradictoire a été méconnue ;

- l'arrêté attaqué est entaché de défaut d'examen, le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- il a été pris en méconnaissance des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et du 10° de l'article 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris en méconnaissance du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Parent a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 4 novembre 1996, a sollicité le 17 août 2020 un certificat de résidence algérien pour raisons de santé. Par un arrêté du 25 janvier 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ".

3. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A, le préfet s'est notamment fondé sur un avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 29 décembre 2020, dont il résulte que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité.

4. Pour contester le sens de l'avis du collège de médecins de l'OFII, M. A, qui a levé le secret médical, produit deux certificats médicaux établis par un praticien hospitalier de l'hôpital Robert Ballanger en date des 24 février et 20 décembre 2021 dont il résulte que l'intéressé souffre d'un syndrome post traumatique avec éléments psychotiques dont la composante est devenue envahissante et a nécessité un traitement anti psychique par antidépresseur, anxiolytique et hypnotique, et que l'arrêt du traitement déclencherait une rechute psychotique dépressive grave pouvant être fatale. Ces certificats précisent également qu'un suivi au centre médico psychologique est indispensable au maintien de l'équilibre psychique de M. A, et au surplus que le traitement qui lui est prescrit n'est pas disponible dans son pays d'origine. En dépit d'une mesure d'instruction, l'OFII n'a pas produit le dossier médical de M. A. Dans ces conditions, en estimant que le défaut de prise en charge médicale de M. A ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, le préfet a fait une inexacte application des stipulations précitées du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de titre de séjour formulée par M. A soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Nunes, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 25 janvier 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande de M. A dans un délai de trois mois.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Nunes, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Nunes renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Nunes.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président,

M. Marias, premier conseiller,

Mme Parent, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

La rapporteure,

M. Parent

Le président,

A. Myara La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2118145

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