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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200052

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200052

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantSCP ARLAUD AUCHER FAGBEMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée le 3 janvier 2022 et des pièces enregistrées le 2 mai suivant, Mme E F D, représentée A Me Aucher, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 A lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros A jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros A application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Une ordonnance du 4 avril 2022 a fixé la clôture de l'instruction au 3 mai 2022 à 12h en application des dispositions des articles R 613-1 et R 613-3 du code de justice administrative, puis une nouvelle ordonnance du 2 mai 2022 l'a fixée au 20 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique du 3 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante ivoirienne, a sollicité, le 18 février 2020, le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dont elle était titulaire, sur le fondement des dispositions désormais codifiées à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2021 A lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les motifs pour lesquels le préfet a estimé que la reconnaissance de paternité de l'enfant de Mme D A un ressortissant français présente un caractère frauduleux, comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, et respecte ainsi les exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté doit donc être écarté. ".

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues A l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. Il résulte de ces dispositions que si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition A l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues A le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue A les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée A la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.

5. En l'espèce, le préfet a estimé que la reconnaissance anticipée, le 21 juillet 2015, de l'enfant de Mme D né le 17 janvier 2016, A un ressortissant français était constitutive d'une fraude faisant obstacle à ce que Mme D puisse obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Il a constaté, d'une part, que l'auteur de la reconnaissance avait déjà reconnu neuf précédents enfants nés de différentes ressortissantes étrangères prétendant à leur régularisation au motif de la nationalité française acquise A leur enfant grâce à ce lien de filiation, ce qu'a reconnu l'intéressé, d'autre part, que lors de leur audition le 22 septembre 2021 Mme D a déclaré qu'il n'a jamais existé aucune communauté de vie entre elle et l'auteur de la reconnaissance de paternité avec lequel elle n'a plus de contact, alors de surcroît que l'intéressé a quant à lui reconnu ne jamais avoir entretenu de relation familiale effective avec l'enfant auprès duquel il n'exerce aucun droit de visite et d'hébergement, et n'a pas été en mesure de situer le lieu de vie de l'enfant ni d'indiquer sa date de naissance. Dès lors, quand bien même Mme D présente des photographies de l'auteur de la reconnaissance et de son enfant ainsi que deux preuves de sa contribution à son entretien, le préfet doit être regardé comme établissant que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour. Mme D n'est en conséquence pas fondée à se prévaloir d'une méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes, d'une part, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes, d'autre part, du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D réside en France depuis 2016 avec l'enfant mentionné au point 5, scolarisé en classe de grande section de maternelle. Elle évoque également un autre enfant sur la situation duquel elle ne donne aucune précision. Toutefois, dès lors qu'à la date de la décision attaquée la requérante est bénéficiaire de prestations versées A Pôle emploi et ne justifie pas continuer à travailler en qualité d'assistante ménagère, ni d'aucun obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Côte d'Ivoire où résident ses parents et sa fratrie et à la poursuite de la scolarité de son enfant dans ce pays, elle n'est pas fondée à soutenir que le refus de renouvellement de son titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale protégée A l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou qu'il méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé A le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle n'est pas davantage fondée à se prévaloir, en tout état de cause, d'une méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Gauthier Doyelle, premier conseiller.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le président-rapporteur,

C. B

L'assesseure la plus ancienne,

S. Van Maele

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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