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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200090

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200090

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires, enregistrés les 4 et 18 janvier 2022 et 21 février 2023, Mme A B, ressortissante tunisienne représentée par Me Pauline Blanc, avocate, demande au tribunal administratif :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de

30 jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée ou familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté préfectoral contesté est signé par une personne incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen sérieux et approfondi de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romnicianu, vice-président,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante tunisienne née le 11 mars 2002 à Djerba (Tunisie), est entrée en France le 25 juillet 2018 sous couvert d'un visa de court séjour " Schengen " et déclare y résider depuis lors. Elle a sollicité le 12 avril 2021 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 2 novembre 2021, dont elle demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays d'éloignement.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1191 du 18 mai 2021 publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 19 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme D C, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque l'arrêté en cause a été pris, pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui fait état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressée et n'est à cet égard entaché d'aucune " erreur de fait ", que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de l'intéressée. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige serait illégal faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire, alors même que le préfet, qui n'était pas tenu de rappeler l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de la demanderesse, n'a pas mentionné que Mme B avait été confiée par acte de kafala du 12 septembre 2018 à la garde de sa sœur et son beau-frère.

4. En troisième lieu, Mme B fait valoir qu'elle est entrée sur le territoire français, accompagnée de son frère mineur, le 25 juillet 2018, alors âgée de 16 ans, sous couvert d'un visa de court séjour Schengen, afin de rejoindre sa sœur ainée, titulaire d'une carte de résident, et son époux, de nationalité française, à la garde desquels ils ont été confiés par acte de kafala du

12 septembre 2018 et chez lesquels ils résident depuis lors. Elle indique qu'après avoir suivi de 2018 à 2021 sa scolarité au lycée Jean Renoir de Bondy et obtenu son baccalauréat en juillet 2021, elle poursuit depuis la rentrée de septembre 2021 une formation d'infirmière. Toutefois, eu égard à la brièveté et aux conditions du séjour en France de Mme B, désormais majeure, célibataire et sans charge de famille, et qui n'est pas dépourvue de toute attache familiale en Tunisie, où vivent toujours ses parents, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en estimant que la situation de

Mme B n'était pas de nature à caractériser un motif exceptionnel ou des considérations humanitaires de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour, n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation, ni porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant au remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romnicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.

Le président-rapporteur,

M. E

L'assesseure la plus ancienne,

N. Dupuy-Bardot La greffière,

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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