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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200091

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200091

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantMEUROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2022, Mme A B, représentée par Me Meurou, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République démocratique et populaire algérienne, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 novembre 2022 :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de Me Gabory, substituant Me Meurou, représentant la requérante.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née en 1972, demande l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 16 septembre 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 17 septembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme D C, cheffe du pôle refus de séjour et interventions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque les décisions en cause ont été prises, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de titre de séjour assorties ou non d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il comporte et respecte en conséquence les exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'une insuffisante motivation des décisions litigieuses doit donc être écarté.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, l'erreur commise par le préfet concernant la date d'entrée de l'intéressée en France, à savoir le 21 décembre 2015 et non le 23 mars 2015, n'a eu aucune incidence sur l'appréciation qu'il a portée sur la situation de Mme B au regard des stipulations et des dispositions dont il a fait application. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en décembre 2015 en compagnie de ses enfants, que son époux, compatriote algérien, l'a rejointe quelques mois plus tard, et que le couple se maintient depuis lors irrégulièrement sur le territoire français avec ses trois enfants respectivement âgés, à la date de la décision attaquée, de quinze, onze et trois ans. Il en ressort en outre, que l'époux de la requérante fait également l'objet d'un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis, du 11 janvier 2022, portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, confirmé par un jugement du tribunal de céans du même jour que le présent jugement. Dans ces conditions, rien ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale en Algérie, pays dont Mme B et son époux ont tous deux la nationalité, dans lequel ils ont vécu l'essentiel de leur existence et où leurs enfants pourront poursuivre leur scolarité. Si Mme B soutient qu'elle ne travaille pas mais que son époux dispose des ressources nécessaires pour subvenir aux besoins de toute la famille et fait notamment valoir que ce dernier a travaillé en qualité de technicien comptable entre le mois d'août 2019 et le mois de juillet 2020 et qu'il dispose d'un nouveau contrat de travail à durée indéterminée pour un poste de comptable signé le 9 décembre 2021, ces éléments ne suffisent pas à caractériser une insertion professionnelle stable, ancienne et durable sur le territoire français. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doivent être écartés, de même que le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme B.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. D'une part, il ressort de la lecture de la décision attaquée que, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet a pris en compte l'existence de ses trois enfants.

9. D'autre part, Mme B soutient qu'il est dans l'intérêt supérieur de ses enfants de demeurer sur le territoire français, où ils sont scolarisés et où le dernier d'entre eux est né, en compagnie de leurs deux parents. Toutefois, ainsi que cela a été dit au point 6, rien ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale en Algérie, pays où les trois enfants de la requérante pourront poursuivre leur existence, entourés de leurs deux parents, et où ils pourront poursuivre leur scolarité Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Compte-tenu de tout ce qui précède, les conclusions de Mme B à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, l'erreur de fait mentionnée au point 4 est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 et 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuses sur la situation personnelle de Mme B, et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

14. En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et doit ainsi être écarté.

15. Compte-tenu de tout ce qui précède, les conclusions de Mme B à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

18. Si Mme B soutient qu'elle serait exposée à des traitement inhumains et dégradants en cas de retour en Algérie, elle n'apporte aucune précision à l'appui de son moyen permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, le moyen doit être écarté.

19. Compte tenu de tout ce qui précède, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetée.

20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 2 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme B au titre des frais qu'il a exposés dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. E

Le président,

Signé

C. Tukov La greffière,

Signé

N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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