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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200107

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200107

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMEUROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 et 10 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Meurou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans un délai de

quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de

150 euros par jour de retard ;

3°) d'ordonner l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

La décision de refus de titre de séjour :

- est illégale en l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation par le préfet ;

- méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision d'éloignement ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision d'éloignement ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observation.

Par une ordonnance du 23 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Nguër, rapporteure.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant égyptien, déclare être né le 5 mai 1993 à Dakahlia (Egypte) et être entré sur le territoire français le 12 juin 2011. Le 20 mai 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 novembre 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre de séjour ainsi sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué :

2. Par un arrêté n°2021-2400 du 16 septembre 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture le 17 septembre 2021, le préfet de la

Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D C, attachée d'administration de l'Etat en charge des refus de séjour et des interventions, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, conformément à l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, la décision portant refus de titre de séjour, qui vise les textes dont elle fait application et présente la situation personnelle et administrative de M. B, comporte les motifs de droit et les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige est insuffisamment motivée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B justifie d'une présence continue sur le territoire français depuis 2013, soit depuis huit ans à la date de l'arrêté attaqué. Or, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a considéré que compte tenu de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 18 février 2020, et à laquelle il s'est soustrait, l'intéressé ne peut se prévaloir de sa présence sur le territoire national antérieurement au délai d'exécution de ladite mesure d'éloignement. Ce faisant, la décision attaquée, qui ne tient pas compte des huit années de présence du requérant et ajoute une condition à la loi, est entachée d'une erreur de droit. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'au vu de l'ensemble de la situation de l'intéressé, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que les autres motifs mentionnés dans la décision litigieuse.

5. En troisième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis a omis de procéder à un examen attentif et particulier de la situation personnelle et familiale de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doit être écarté.

6. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a fondé sa demande de titre de séjour sur l'admission exceptionnelle au séjour prévue par les dispositions de l'article L. 435-1 du même code.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B justifie d'une courte expérience professionnelle, entre janvier et novembre 2016, puis d'un contrat à durée indéterminée depuis août 2019 en qualité de peintre du bâtiment. En dépit de sa durée de présence sur le territoire français et de son insertion par le travail, il n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires justifiant la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces mêmes dispositions doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire, sans enfant à charge. Il n'est pas contesté qu'il a plusieurs attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel demeurent ses parents et sa fratrie. Bien qu'il produise au soutien de sa requête quelques attestations de nature à démontrer sa relative insertion sociale, il ne justifie cependant d'aucune attache familiale en France. Eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'aux circonstances propres à sa vie familiale, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

11. En septième et dernier lieu, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant le séjour à

M. B.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci est suffisamment motivée.

13. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

14. En troisième lieu, M. B ne peut utilement invoquer les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ont trait au séjour, au soutien de ses conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement.

15. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 4. du présent jugement, il y a lieu de neutraliser l'erreur de droit dont est entachée la décision attaquée.

16. En cinquième lieu, comme il a été dit au point 10. du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. En sixième et dernier lieu, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant une mesure d'éloignement à l'encontre de M. B.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

18. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci est suffisamment motivée.

19. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité, dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

20. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

21. En se bornant à le soutenir, M. B n'établit pas être personnellement exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des peines ou traitements inhumains et dégradants. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit en conséquence être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

22. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci est suffisamment motivée à l'aune des critères fixés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

23. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité, dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

24. En troisième lieu, comme il a été dit au point 10. du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

25. En quatrième et dernier lieu, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

26. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

27. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure particulière. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent en conséquence être rejetées.

Sur frais liés au litige :

28. L'Etat n'étant pas la partie perdante, les conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Nguër, première conseillère,

M. Thébault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

La rapporteure,

Signé

M. Nguër

Le président,

Signé

J. Charret

La greffière,

Signé

I. Serveaux

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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