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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200109

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200109

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200109
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantARCO-LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2125337 du 31 décembre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis la requête présentée par M. D A au tribunal administratif de Montreuil.

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 janvier 2022 et 20 octobre 2022, M. D A, représenté par Me Fellous, demande au président du tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a désigné le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser, soit à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ce dernier renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat, soit à lui-même sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas où sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle serait rejetée.

Il soutient que :

- en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi : il n'est pas établi que leur signataire justifiait d'une délégation régulière ; les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnus ; elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire : l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2022.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les pièces produites pour le requérant, le 20 octobre 2022 à 14 h 47.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Charageat, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charageat,

- et les observations de Me Dookhy, substituant Me Fellous, représentant M. A, qui soutient que le requérant est présent depuis l'année 2014 en France, où il travaille et qu'étant d'origine tamoule il serait exposé à des persécutions de la part des forces gouvernementales en cas de retour au Sri-Lanka.

La clôture de l'instruction a été reportée au 20 octobre 2022 à 18 h.

Le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 novembre 2021, le préfet de police a obligé M. A, ressortissant sri-lankais né le 2 septembre 1975 à Jaffna, à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 15 septembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A. Par suite, les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant ont perdu leur objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :

3. Par un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021, régulièrement signé et publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 27 septembre 2021, le préfet de police a donné délégation à Mme E, signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi, pour signer ces décisions en cas d'absence ou d'empêchement des agents la précédant dans l'ordre des délégataires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Le requérant soutient qu'il réside depuis l'année 2014 en France, où il travaille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par les services de police le 24 novembre 2021, le requérant, qui ne justifie pas posséder d'attaches, notamment familiales, en France, a déclaré que son épouse résidait au Sri-Lanka. En outre, s'il établit être entré en France au cours de l'année 2014, il n'apporte pas la preuve qu'à la date de l'arrêté attaqué il y aurait séjourné continuellement, en particulier durant la période du mois de juillet 2019 au mois de juin 2020 inclus, dès lors que pour justifier de sa présence il se borne à produire des attestations émanant d'un service de transport en commun des 23 juillet 2019 et 28 décembre 2020, mentionnant des abonnements souscrits au titre des mois de mai, juin et juillet 2019 et février, mars et juin 2020. Enfin, s'il allègue avoir occupé plusieurs emplois, le requérant justifie uniquement avoir été employé au cours du mois de février 2021 en tant de coiffeur. Il suit de là que la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi par cette décision. Par suite, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. En second lieu, si le requérant allègue que, compte tenu des risques qu'il encourt en cas de retour au Sri-Lanka, la décision attaquée méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui énonce que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", un tel moyen ne peut qu'elle écarté dès lors que la décision en litige n'a, par elle-même, pas pour objet la reconduite du requérant dans son pays d'origine.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

8. Le requérant soutient que sa situation ne répond à aucune des circonstances prises en compte par le préfet de police pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, en faisant valoir notamment qu'il n'a pas reçu de décision d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, que le préfet ne justifie pas qu'il se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'il a indiqué être titulaire d'un passeport en cours de validité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que lors de son audition mentionnée au point 5, il a expressément déclaré qu'il n'accepterait pas de quitter le territoire français dans le cas où il ferait l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, il n'apporte aucun justificatif du logement dont il se prévaut. Par suite, le préfet de police a pu légalement pour ces seuls motifs refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, alors même que les autres motifs mentionnés dans l'arrêté seraient entachés d'inexactitude. Il suit de là que les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été méconnues.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, le requérant soutient qu'il ne peut être renvoyé au Sri-Lanka compte tenu des risques de persécution et de mauvais traitements auxquels il serait exposé dans ce pays y compris au regard du climat de crise économique, politique et humanitaire. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il existerait des motifs sérieux et avérés de croire qu'en cas de retour dans son pays d'origine il se trouverait exposé aux risques qu'il invoque. Par suite, alors qu'au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, le préfet de police n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent en tout état de cause être écartés pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

Le magistrat désigné par

le président du tribunal,

D. CharageatLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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