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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200463

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200463

lundi 29 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrée les 11 janvier et 24 juin 2022, M. A C, représenté par Me Rochiccioli, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer une carte pluriannuelle portant la mention " Séjour permanent " ou " membre de la famille d'un citoyen de l'Union " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son bénéfice de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que la somme de 500 euros au bénéfice de Me Rochiccioli en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- qu'elle est insuffisamment motivée ;

- qu'elle est entachée d'erreur droit dans l'application des critères de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 121-3 et L. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'Enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- qu'elle est privée de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- qu'elle méconnait les dispositions du 11° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'Enfant.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- qu'elle est privée de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- qu'elle est insuffisamment motivée et entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant que le préfet n'a pas accordé un délai supérieur à trente jours.

Par un mémoire enregistré le 24 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable et qu'aucun de ses moyens n'est fondé.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Combes, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 1er janvier 1967, a sollicité le 11 mars 2020 son admission au séjour en qualité de membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne. Par décisions du 24 décembre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision ". Et aux termes de l'article 43 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : /1° De la notification de la décision d'admission provisoire () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par décision en date du 11 octobre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle de Bobigny a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Il est constant que ce document est revêtu de deux tampons indiquant " Notifié le 23 novembre 2021 " pour le premier et " Ordre des avocats de Paris - Service de l'aide juridictionnelle - 5 janvier 2022 ". Toutefois, à défaut de preuve de cette notification effective au requérant, telle qu'une signature de celui-ci sur l'acte même ou sur un avis de réception, la date mentionnée par le premier de ces tampons ne saurait constituer le point de départ du délai de recours prévu par les dispositions précitées. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée à ce titre par le préfet ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. C démontre par les pièces qu'il verse aux débats avoir été titulaire en France d'une carte de séjour pluriannuelle valable entre le 3 février 2015 et le 2 février 2020, dont le renouvellement lui a été refusé par l'arrêté attaqué, y résider en compagnie de son épouse, de nationalité italienne, ainsi que de leurs quatre enfants nés en 2001, 2013, 2014 et 2019, dont les trois ainés sont respectivement scolarisés en classes de BTS, CE2, et CP, et travailler de manière continue depuis le mois de janvier 2017 au sein des services de la protection judiciaire de la jeunesse du ministère de la justice. Dès lors, au vu de l'ancienneté et de l'intensité des attaches personnelles en France de M. C, ainsi que de la bonne intégration qu'il y a démontrée par le travail, le préfet a, en édictant l'arrêté litigieux, porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normal, et ainsi méconnu les stipulations précitées.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. C un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C de la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a également lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 500 euros au bénéfice de Me Rochiccioli, avocate, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté susvisé du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 24 décembre 2020 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. C un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 500 (cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il versera également la somme de 500 (cinq cents) euros à Me Rochiccioli, avocate, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Rochiccioli.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Weidenfeld, présidente,

- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- M. Combes, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2022.

Le rapporteur,La présidente,SignéSignéR. CombesK. WeidenfeldLa greffière,SignéM. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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