jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2200480 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MEUROU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 11 janvier, 13 janvier et 30 mars 2022, M. F E, représenté par Me Meurou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder dans le même délai et sous la même astreinte au réexamen de sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée en fait dès lors qu'elle ne fait pas état d'éléments propres à sa situation professionnelle ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur de droit tirée du fait que le préfet s'est borné à examiner sa situation au regard des stipulations de l'article 7 b de l'accord franco-algérien sans faire usage de son pouvoir de régularisation discrétionnaire ;
- est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a utilisé une carte d'identité française frauduleuse pour permettre son embauche en France ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'au regard de sa présence continue en France depuis 8 ans et de son insertion professionnelle, le préfet aurait dû régulariser sa situation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- méconnait les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'étant entré régulièrement sur le territoire français, le préfet ne pouvait se fonder sur les dispositions de l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'au regard de sa présence continue en France, de sa situation professionnelle et de ses attaches familiales, le préfet aurait dû régulariser sa situation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- méconnait les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
La décision portant refus de délai de départ volontaire :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée en fait dès lors qu'elle ne fait pas état d'éléments propres à sa situation professionnelle ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa présence continue en France depuis 8 ans, de son insertion professionnelle et de ses attaches familiales.
La décision fixant le pays de destination :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée en fait dès lors qu'elle ne fait pas état d'éléments propres à sa situation personnelle, dont l'absence ne permet pas d'établir que le préfet a examiné les conséquences d'un retour en Algérie au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne fait pas état de l'examen des quatre conditions définies par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hardy, rapporteure ;
- les observations de Me Raymond, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. F E, ressortissant algérien né le 5 janvier 1985 à Tlemcen (Algérie), a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 2 juin 2021 en qualité de salarié. Par un arrêté du 9 décembre 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :
2. Par un arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 19 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. D C, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy. Par suite, dès lors que la commune du Blanc-Mesnil, où réside M. F E, est située dans l'arrondissement du Raincy, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne que l'intéressé est entré en France en 2014 et qu'il s'est maintenu en situation irrégulière à la suite des arrêtés portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français en date des 13 août 2015 et 1er février 2018. Par ailleurs, le préfet relève que l'intéressé, célibataire et sans charge de famille, conserve des attaches familiales dans son pays d'origine où résident sa mère et un de ses frères. En outre, l'arrêté indique que le requérant n'a pas été en mesure de produire le contrat de travail et le certificat médical exigés par l'accord franco-algérien. Enfin, la décision attaquée précise que, si la situation de M. E a également été examinée au regard du pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet, la circonstance que l'ancienneté professionnelle invoquée a été acquise grâce à la présentation d'une carte nationale d'identité française frauduleuse n'a pas permis de réserver, à ce titre, une suite favorable à la demande. Dès lors, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit être écarté. Il ne résulte pas de ce qui précède que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé.
4. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France.
5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.
6. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
7. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que si le préfet a examiné la situation de M. E au regard des stipulations de l'article 7 b de l'accord franco-algérien, il a également examiné l'opportunité d'une mesure de régularisation de sa situation au titre de son pouvoir de régularisation discrétionnaire, au vu notamment de sa situation professionnelle, conformément aux règles rappelées aux points 4 à 6 du présent jugement. Par suite, le préfet n'a pas méconnu l'étendue de sa compétence en n'usant pas de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
8. En troisième lieu, M. E justifie d'une présence habituelle en France depuis le mois de juin 2014. S'il se prévaut d'une insertion professionnelle sur le territoire depuis le mois de mars 2016, il ressort des pièces du dossier que son activité était exercée à temps très partiel entre le 10 mars 2016 et le 31 août 2016, qu'il ne justifie d'aucune activité professionnelle entre le 1er septembre 2016 et le 2 juin 2019, et que ses contrats à durée indéterminée du 3 juin 2019 et du 20 août 2020 ont été conclus au nom d'un ressortissant français sans qu'aucune attestation ne permette d'établir la concordance entre cette personne et le requérant, en dépit de l'identité de leurs noms et prénoms. Par suite, le requérant ne peut être regardé comme justifiant du fait de sa situation professionnelle, de circonstances exceptionnelles de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de le régulariser sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire ne peut qu'être écarté.
9. En quatrième lieu, si le préfet a également relevé dans sa décision, de façon surabondante, que dans l'hypothèse où M. E aurait travaillé sous couvert d'une fausse carte d'identité française, cette circonstance ferait par elle-même obstacle à son admission au séjour, il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur la seule absence de motif exceptionnel d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes du 5 de l'article 6 de l'accord précité : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () / au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Si le requérant, célibataire et sans charges de famille, établit loger chez sa sœur, titulaire de la nationalité française, depuis son arrivée en France en 2014, il ne justifie pas de la nécessité de résider auprès de cette dernière, alors que sa mère et son frère demeurent en Algérie, où il a vécu lui-même jusqu'à l'âge de 29 ans. Par ailleurs, comme il a été dit au paragraphe 9, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle telle qu'il puisse être regardé comme ayant fixé le centre de ses intérêts personnels en France. Dès lors, l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, et n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai doit être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".
14. Si l'arrêté mentionne que M. E est entré en France " sans visa ", alors qu'il est établi que ce dernier disposait d'un visa de court séjour valide du 4 novembre 2013 au 2 mai 2014, il apparait que le préfet s'est également fondé sur le refus de titre de séjour pour prononcer la mesure d'éloignement et qu'il aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur cet unique motif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
15. En troisième lieu, pour les raisons mentionnées au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
16. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de M. E, qui ne comportent pas d'élément supplémentaire au regard de ce qui a été développé au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
17. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision refus de délai de départ volontaire doit être écarté.
18. En deuxième lieu, la décision attaquée indique que l'intéressé a fait l'objet, le 13 août 2015 et le 1er février 2018, de deux précédentes obligations de quitter le territoire français, qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire, et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la présente obligation de quitter le territoire français. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée en fait. Elle n'est pas davantage entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.
19. En troisième lieu, le requérant ne conteste pas avoir fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, qui n'ont pas été exécutées. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, et en dépit de l'activité professionnelle et des liens familiaux du requérant, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
20. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
21. En deuxième lieu, les motifs de la décision indiquent que l'intéressé ne serait pas soumis à un risque d'exposition à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et révèlent que le préfet a procédé à un examen des conséquences du retour de l'intéressé dans son pays d'origine au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la décision est suffisamment motivée en fait et le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé.
22. En troisième lieu, si le requérant invoque la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
23. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle portant refus de délai de départ volontaire, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Dès lors, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace.
25. En l'espèce, d'une part, la décision attaquée mentionne que " l'examen d'ensemble de la situation " du requérant a été effectué au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, il résulte de ce qui précède que pour prendre la décision attaquée, le préfet a fait état des éléments de la situation de l'intéressé, notamment la durée de sa présence en France ainsi que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. La décision attaquée fait également état de l'absence de circonstances humanitaires. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
26. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 11, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.
27. En dernier lieu, pour soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation, le requérant se borne à reprendre les éléments exposés pour contester les autres décisions contenues dans l'arrêté en litige. Pour les raisons indiquées au point 11, ces moyens ne peuvent être qu'écartés.
28. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
29. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés à l'instance :
30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés par M. E et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Weidenfeld, présidente,
- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,
- Mme Hardy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
La rapporteure,
Signé
M. B
La présidente,
Signé
K. Weidenfeld
La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026