lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2200618 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | LEXGLOBE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;
2°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans le mois suivant le prononcé du jugement ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer, dans les sept jours suivant la notification du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale comme étant fondée sur une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour elle-même illégale ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale comme étant fondée sur l'obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale comme étant fondée sur l'obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet, qui n'a pas présenté d'observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marias, rapporteur ;
- les observations de Me Cabral, pour le requérant.
Le préfet n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 1er septembre 1987, a sollicité le 23 juin 2021 son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 16 décembre 2021, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.
Sur les conclusions de la requête :
En ce qui concerne les moyens communs à certaines décisions
2. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français comportent les motifs de droit et de fait sur lesquels elles sont fondées. S'agissant en particulier de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet, au visa de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a retenu que l'intéressé s'était maintenu en situation régulière sur le territoire français après la date d'expiration de son visa de court séjour, motif pour lequel, aux termes de l'article L. 612-3 de ce code, il peut décider qu'un étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français. Si ces dernières dispositions ne sont pas visées, une erreur ou une omission dans les visas est sans incidence sur la légalité de la décision. S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, qui assortit nécessairement, sauf circonstances humanitaires, une obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet a expressément relevé que M. A ne justifiait pas de telles circonstances. Ces décisions sont, par suite, régulièrement motivées.
3. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté entrepris ni des pièces du dossier que, pour prendre les décisions contestées, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas examiné la situation personnelle de M. A. Si celui-ci soutient que le préfet se serait " focalisé " sur l'examen d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " alors qu'il demandait seulement, dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, qu'on lui délivrât un titre de séjour " salarié ", de telles allégations ne ressortent ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier.
En ce qui concerne les moyens spécifiques à la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.
4. En soutenant seulement que le préfet n'établit pas le caractère frauduleux de sa carte d'identité espagnole, et que cette circonstance n'a en tout état de cause pas d'incidence sur la réalité ou l'ancienneté de l'emploi occupé, M. A n'établit pas que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de droit.
5. Aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du
9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la
législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' ". Aux termes de
l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 () peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7 () ".
6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 313-14 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
7. En se prévalant seulement d'une présence sur le sol français depuis sept années, d'une insertion professionnelle de deux années et demie auprès du même employeur en qualité d'aide-pâtissier dans un métier en tension et de la nationalité française de sa sœur et de son beau-frère, au foyer desquels il vit, M. A ne justifie d'aucun motif exceptionnel ni d'aucune circonstance humanitaire au sens et pour l'application des dispositions précitées. S'il soutient également que le préfet aurait dû instruire la demande d'autorisation de travail et ne pouvait rejeter au surplus une demande de titre de séjour " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain, il ressort des pièces du dossier que la demande de M. A portait seulement sur une admission exceptionnelle au séjour. En tout état de cause, le préfet a également motivé sa décision au regard de l'article 3 de l'accord en relevant non seulement l'absence de contrat visé, mais aussi l'absence de certificat médical prévu par cet article.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, et alors en outre que M. A est célibataire, sans charge de famille et qu'entré en France en 2016, il a vécu la plus grande partie de son existence dans son pays d'origine où vivent ses parents et une sœur, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance des stipulations citées ci-dessus.
En ce qui concerne les moyens dirigés spécifiquement contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français.
10. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas illégale, le requérant ne saurait exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant ne saurait exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et de l'interdiction de retour sur le territoire français.
En ce qui concerne le moyen dirigé spécifiquement contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.
11. Une erreur ou une omission dans les visas étant sans incidence sur la légalité d'une décision, M. A ne saurait utilement invoquer un défaut de base légale à l'encontre de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, alors au demeurant que le préfet a visé l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne le moyen dirigé spécifiquement contre l'interdiction de retour sur le territoire français
12. Aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Il ressort des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative doit faire état, dans sa décision, des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
14. En premier lieu, le préfet a relevé que M. A était entré sur le territoire français le 24 janvier 2016 et qu'il s'y était maintenu en situation irrégulière depuis cette date. Il a également mentionné, tant sur le terrain personnel et familial que professionnel, des éléments relatifs à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France. Il n'avait pas à mentionner en outre que M. A n'avait pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne constituait pas une menace pour l'ordre public. Il s'ensuit que le préfet a régulièrement pris en compte les critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. En second lieu, en faisant seulement valoir - outre qu'il n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public - une durée de présence de cinq années sur le sol français et une vie " aux côtés de sa sœur et de son beau-frère ", M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une telle décision ou à faire regarder sa durée comme disproportionnée.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Myara, président,
- M. Marias, premier conseiller,
- Mme Parent, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
Le rapporteur,Le président, Signé SignéH. MariasA. MyaraLa greffière,SignéT. Chonville
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200618
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026