mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2200711 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | LE GALL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 janvier 2022, M. C A, représenté par Me Le Gall, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;
la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'incompétence négative en ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est cru en situation de compétence liée à l'égard de l'avis du collège des médecins ;
elle est entachée de vices de procédure dès lors qu'il n'est pas établi qu'un médecin rapporteur a rédigé un rapport, que les membres du collège des médecins ont été régulièrement désignés, et que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège ;
elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
elles ont été prises en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Une ordonnance du 19 avril 2022 a fixé la clôture d'instruction au 17 mai 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la décision du 1er octobre 2021 portant désignation des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration modifiant la décision du 17 janvier 2017 ;
le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né en 1984, a sollicité, le 24 août 2021, un certificat de résidence pour raisons de santé. Par arrêté du 15 décembre 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné.
S'agissant du moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par arrêté n° 2021-2400 du 16 septembre 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du lendemain, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme F E, en charge de refus de séjour et des interventions, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration et du chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, pour signer notamment les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire, fixation du délai de départ et du pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
S'agissant de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".
4. Le requérant soutient qu'il n'est pas établi qu'un médecin rapporteur ait rédigé un rapport, que les trois médecins signataires de l'avis ont été régulièrement désignés et que le médecin rapporteur n'a pas siégé pour la délibération. Il ressort cependant des pièces du dossier, notamment de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) émis le 27 octobre 2021 sur lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est basé pour apprécier la situation médicale de M. A, que ce collège était composé des docteurs Westphal, Laumond et Spadari qui figurent régulièrement sur la liste annexée à la décision susvisée du directeur général de l'OFII du 1er octobre 2021 portant désignation des médecins de cet Office, que le médecin rapporteur est le docteur B et qu'il a convoqué pour examen M. A pour l'élaboration du rapport. À cet égard, le requérant n'apporte aucun élément de nature à laisser supposer qu'aucun rapport médical n'aurait été rédigé ou que le médecin rapporteur aurait siégé au sein du collège des médecins alors que, sur ce point, le préfet de la Seine-Saint-Denis indique, dans sa décision, qu'au contraire, ce médecin s'est abstenu d'y siéger. Dès lors, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait cru lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII rendu sur la situation de M. A. Dès lors, le moyen tiré d'une erreur de droit résultant d'incompétence négative doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est suivi pour une tumeur stromale gastro-intestinale de l'intestin grêle, qu'il a bénéficié le 29 mars 2021 d'une chirurgie d'exérèse d'une masse développée au dépend de cet intestin et qu'il fait l'objet d'une prise en charge sur la base de bilans scanographiques et radiologiques réguliers pour obvier toute récidive tumorale. Le requérant produit principalement un certificat du 5 janvier 2020 d'un oncologue à l'institut Curie selon lequel " la prise en charge actuelle doit être réalisée en Centre Expert en France et ne peut pas être réalisée en Algérie " dans la mesure où " une reprise évolutive tumorale nécessiterait l'inclusion dans un essai thérapeutique en l'absence d'autre alternative disponible. " Ce certificat, qui n'indique pas que tout suivi scanographique et radiologique ne serait pas disponible en Algérie, et qui n'est ni précis ni circonstancié sur l'inexistence d'un traitement médical en Algérie, notamment dans l'hypothèse d'une récidive tumorale, n'est pas de nature à contredire, seul, l'avis du collège des médecins de l'OFII du 27 octobre 2021. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit au regard des stipulations précitées de l'accord franco-algérien doivent être écartés.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
9. Le requérant fait valoir qu'il dispose d'attaches familiales sur le territoire français où résident régulièrement son père et son frère, alors qu'il serait isolé en cas de retour en Algérie. Il ressort des pièces du dossier que M. A est récemment entré sur le territoire français le 6 décembre 2019, qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Le requérant ne justifie par ailleurs pas de la nécessité de rester auprès de son père ou de son frère qui résidaient sur le territoire français depuis plusieurs années avant sa propre arrivée. Dans ces conditions, la décision préfectorale n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations conventionnelles précitées doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence pour raison médicale.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, il résulte du point précédent que le requérant n'est pas fondé à contester la décision l'obligeant à quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
13. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français qui n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer M. A vers son pays d'origine. Si le requérant soutient également que l'éloignement d'une personne malade à destination d'un pays où la prise en charge médicale n'est pas effectivement accessible constitue un traitement inhumain et dégradant, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7, il ne justifie cependant pas de l'inexistence de tout traitement approprié à la prise en charge de sa maladie en Algérie. Dès lors, un tel moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 15 décembre 2021. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Le Gall et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Tukov, président,
Mme Van Maele, première conseillère,
M. Doyelle, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
Le rapporteur,Le président,SignéSignéG. DoyelleC. TukovLa greffière,SignéM. D
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026