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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200728

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200728

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête complétée de pièces, enregistrées les 17 janvier et 11 mai 2022, M. C B, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et la somme de 500 euros à verser à Me Rochiccioli au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Rochiccioli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

­ la décision de refus de renouvellement de titre de séjour est entachée d'incompétence de son signataire et d'insuffisance de motivation ;

­ elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation quant à sa situation familiale ;

­ elle est entachée d'une erreur de droit au regard du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation professionnelle ;

­ elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

­ elle a été prise en méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

­ la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

­ elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

­ elle a été prise en méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

­ la décision relative au délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

­ elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit au regard de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 19 avril 2022 a fixé la clôture d'instruction au 17 mai 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (taux de 25 %) par décision du 15 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ le code du travail ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sri-lankais né en 1980, a sollicité, le 8 novembre 2019, une carte de séjour temporaire mention " salarié ". Par arrêté du 11 février 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné.

2. Aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention "salarié". / La carte de séjour est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. () ".

3. Pour refuser à M. B le renouvellement de sa carte de séjour temporaire mentionné au 1° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " qu'il a obtenue sur la période du 8 octobre 2018 au 7 octobre 2019, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait plus d'une activité salariée depuis le 13 mai 2020 et que le litige invoqué avec l'employeur ne peut pas être pris en compte pour le renouvellement de la carte de séjour temporaire en l'absence d'un nouveau contrat de travail. Il ressort des pièces du dossier que M. B a conclu un contrat à durée indéterminée avec la SARL Niel's le 14 avril 2019 et qu'il a exercé une activité de commis de cuisine pour cet employeur entre le 14 avril 2019 et le 18 juin 2020. Ainsi, à la date de la première demande de renouvellement, l'intéressé justifiait d'une activité professionnelle au titre de laquelle il était en droit de solliciter le renouvellement de sa carte de séjour temporaire mention " salarié ". Dans ces conditions, le préfet ne pouvait lui opposer l'absence de signature d'un nouveau contrat de travail à la suite de la perte de son emploi salarié auprès de la SARL Niel's au cours du mois de juin 2020, étant précisé qu'en tout état de cause, l'intéressé devrait alors être considéré comme ayant été involontairement privé de cet emploi, l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi mentionnant un licenciement pour faute grave le 18 juin 2020. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de Seine-Saint-Denis a commis une erreur de droit en refusant de lui renouveler le titre de séjour sollicité.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 11 février 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

5. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire mention " salarié ". Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Le requérant a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25 % par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date 15 novembre 2021. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Rochiccioli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Rochiccioli de la somme de 250 euros qu'elle demande sur ces fondements. Par ailleurs, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 750 euros au bénéfice de à M. B.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 février 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 250 (deux cent cinquante) euros à Me Rochiccioli en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Rochiccioli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : L'État versera une somme de 750 (sept cent cinquante) euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Rochiccioli et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le rapporteur,Le président,SignéSignéG. DoyelleC. Tukov La greffière,SignéM. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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