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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200848

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200848

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantLEXGLOBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2022, M. C A, ressortissant marocain représenté par Me Christelle Monconduit, avocate, demande au tribunal administratif :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 17 janvier 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai d'un mois, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui restituer sa carte consulaire marocaine, son titre de séjour italien, ainsi que son permis de conduire italien, dans un délai de sept jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, notamment, que l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet est entachée, d'une part, d'une erreur de fait dès lors que, titulaire d'une carte de séjour italienne en qualité de membre de la famille d'un citoyen UE, il n'est pas entré irrégulièrement sur le territoire français, et, d'autre part, d'un défaut de base légale et d'une méconnaissance de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne pouvait être fondée sur les dispositions de l'article L. 611-1 1° du même code, lesquelles ne sont pas applicables aux conjoints de ressortissants européens, et que les motifs retenus ne justifient pas une mesure d'éloignement sur le fondement des dispositions applicables en l'espèce.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Romnicianu, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 juin 2022 à 9h30 :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Veillat, représentant M. A, présent, assisté de Mme B, interprète en langue arabe.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 janvier 2022, pris sur le fondement du 1°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, le préfet du Val-d'Oise a obligé M. C A, ressortissant marocain né le 29 janvier 1977 à Sidi Beylout (Maroc), à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;() ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 110-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice du droit de l'Union européenne, le livre II du présent code régit l'entrée, le séjour et l'éloignement des citoyens de l'Union européenne, des étrangers qui leur sont assimilés ainsi que des étrangers membres de leur famille ou entretenant avec eux des liens privés et familiaux. () Les dispositions des autres livres ne leurs sont applicables que dans les conditions précisées par le livre II et rappelées dans chacun des autres livres. ". L'article L. 200-4 de ce code dispose : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : 1o Conjoint du citoyen de l'Union européenne ; () ". Aux termes de l'article L. 232-1 : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français. () ". L'article L. 233-1 du même code dispose : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ;() ". Enfin, l'article L. 251-1 dudit code dispose : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Enfin, aux termes de l'article R. 221-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les documents permettant aux ressortissants de pays tiers mentionnés à l'article L. 200-4 d'être admis sur le territoire français sont leur passeport en cours de validité et un visa ou, s'ils en sont dispensés, un document établissant leur lien familial. La possession du titre de séjour délivré par un Etat membre de l'Union européenne portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union " en cours de validité dispense les membres de la famille concernés de l'obligation d'obtenir un visa. L'autorité consulaire leur délivre gratuitement, dans les meilleurs délais et dans le cadre d'une procédure accélérée, le visa requis sur justification de leur lien familial. Toutes facilités leur sont accordées pour obtenir ce visa. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, lorsque l'autorité administrative entend prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un ressortissant d'un Etat tiers, membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne, dont la situation est régie exclusivement par le livre II du CESEDA, les dispositions précitées de l'article L. 251-1 s'appliquent, à l'exclusion de celles de l'article L. 611-1. En outre, le conjoint d'un ressortissant européen, titulaire d'une carte de séjour membre de la famille d'un citoyen de l'Union, n'est pas soumis à l'obligation de visa et peut circuler librement dans les territoires des Etats contractants à la convention de Schengen pendant une durée de trois mois.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est marié à une ressortissante italienne depuis 2018 et qu'il est titulaire, en cette qualité, d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes portant la mention "Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union" en cours de validité, valable du 7 février 2019 au 7 février 2024. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai sur le fondement de l'article L. 611-1-1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y était maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, alors que la situation de l'intéressé n'entrait pas dans le champ d'application de ces dispositions et qu'en tout état de cause, M. A était titulaire d'un titre de séjour délivré par un Etat membre de l'Union européenne portant la mention "Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union" en cours de validité, le préfet du Val-d'Oise a excédé ses pouvoirs.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 17 janvier 2022 par laquelle le préfet l'a obligé à quitter le territoire français et, par voie de conséquence, des décisions du même jour refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retour en France pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique que le préfet délivre à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'agir en ce sens dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu. ".

10. L'exécution du présent jugement implique, en outre, la restitution à M. A de sa carte consulaire marocaine, de son titre de séjour italien, ainsi que de son permis de conduire italien, qui ont fait l'objet d'une retenue. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à cette restitution dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 (mille) euros au titre des frais exposés par M. A.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 janvier 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de la situation administrative de M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de restituer à l'intéressé sa carte consulaire marocaine, son titre de séjour italien, ainsi que son permis de conduire italien, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

M. D Le greffier,

Signé

R. Ayari

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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