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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200947

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200947

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSEINGIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 20 et 26 janvier 2022, Mme A B, représentée par Me Seingier, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 novembre 2021 en tant que le directeur de l'établissement public médico-social départemental " les Moulins Gémeaux " a refusé de fixer le vendredi après-midi comme demi-journée non-travaillée au titre de son temps partiel à hauteur de 90 % ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'établissement public médico-social départemental " les Moulins Gémeaux " de fixer au vendredi après-midi et non au mercredi après-midi la demi-journée hebdomadaire non travaillée, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'établissement public médico-social départemental " les Moulins Gémeaux " une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle a été rendue sans attendre l'avis de la commission administrative paritaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article 32 du décret n° 91-155 du 6 février 1991.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, l'établissement public médico-social départemental " les Moulins Gémeaux ", conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête présentée par Mme B est irrecevable, dès lors, d'une part, qu'elle est dirigée contre la décision de rejet de son recours gracieux et non contre la décision initiale du 14 octobre 2021, et, d'autre part, que la décision du 14 octobre 2021 ne constitue pas une décision faisant grief ;

- les moyens contenus dans la requête sont mal fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Maele ;

- les conclusions de Mme de Bouttemont, rapporteure publique,

- les observations de M. C, élève avocat, assisté de Me Seingier, représentant Mme B ;

- les observations de Me de Soto, pour l'institut médico-social " les Moulins Gémeaux ".

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agent contractuel, exerce les fonctions d'adjointe administrative au sein de l'institut médico-social " les Moulins Gémeaux ", relevant de l'établissement public médico-social départemental (EPMSD) du même nom, depuis 2013. Par un courrier du 30 septembre 2021, elle a demandé à être autorisée à exercer son activité à temps partiel à hauteur de 90 %, pour convenances personnelles. Par une décision du

14 octobre 2021, le directeur de l'IME les Moulins Gémeaux a fait droit à sa demande de temps partiel à hauteur de 90 %, en fixant toutefois au mercredi après-midi la demi-journée non travaillée, alors que la requérante avait fait part verbalement de son souhait de disposer de son vendredi après-midi. Par un courrier du 9 novembre 2021, Mme B a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, en tant qu'elle ne fixe pas le vendredi après-midi comme journée non travaillée. Par une décision du 22 novembre 2021, le directeur de l'IME a expressément rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme sollicitant l'annulation de la décision du 14 octobre 2021 en tant qu'elle fixe la demi-journée non travaillée au titre de son temps partiel au mercredi après-midi, ensemble la décision du 22 novembre 2021 de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 32 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière alors applicable : " L'agent contractuel en activité employé depuis plus d'un an sur un emploi à temps complet peut, sur sa demande, sous réserve des nécessités de la continuité et du fonctionnement du service et compte tenu des possibilités d'aménagement de l'organisation du travail, être autorisé à accomplir un service à temps partiel selon les modalités applicables aux fonctionnaires titulaires. / Les refus opposés à une demande de travail à temps partiel doivent être précédés d'un entretien et motivés dans les conditions définies par les articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration. / () ".

3. La décision attaquée, qui fait droit à la demande de travail à temps partiel présentée par Mme B, quand bien même elle ne lui accorde pas la demi-journée sollicitée, ne constitue pas un refus opposé à une demande de temps partiel entrant dans le champ d'application de l'article 32 du décret précité. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne serait pas motivée est inopérant et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2-1 du décret du 6 février 1991 susvisé : " " I.- Une commission consultative paritaire compétente à l'égard des agents contractuels mentionnés à l'article 1er est instituée, dans chaque département, par arrêté du directeur général de l'agence régionale de santé agissant au nom de l'Etat. () / III.-Elles sont saisies pour avis, à la demande de l'agent intéressé, dans le cas prévu à l'article 1er-3 et sur les questions d'ordre individuel relatives : / 1° Aux refus d'autorisation d'accomplir un service à temps partiel ; / () ".

5. Mme B soutient que l'administration a entaché sa décision d'un vice de procédure en ce que la décision contestée a été prise avant l'émission de l'avis de la commission consultative paritaire qu'elle a saisie le 10 novembre 2021. Toutefois, pour le même motif que celui évoqué au point 3, la décision attaquée ne constitue pas une décision de refus d'accomplissement du service à temps partiel, et n'entre ainsi pas dans le champ d'application des dispositions de l'article 2-1 du décret précité. En tout état de cause, il résulte des dispositions précitées que la commission, qui peut être saisie en cas de décision portant refus d'autorisation d'accomplir un service à temps partiel, ne constitue pas un préalable à la décision par laquelle l'administration rejette la demande de temps partiel d'un agent. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure est inopérant et doit être écarté.

6. En dernier lieu, il appartient au chef de service d'apprécier, en fonction des nécessités du fonctionnement du service, les modalités d'attribution aux agents qui en font la demande de l'autorisation d'accomplir leur service à temps partiel.

7. En l'espèce, Mme B exerce les fonctions d'agent d'accueil, recouvrant notamment l'accueil physique et téléphonique du public, le traitement du courrier et le secrétariat de l'institut. Si la requérante soutient qu'un autre agent est susceptible de la remplacer dans ses fonctions le vendredi après-midi, elle n'apporte aucune preuve à l'appui de ses allégations. L'IME conteste par ailleurs cette allégation et fait valoir, au contraire, qu'aucun agent ne peut assurer les tâches de Mme B le vendredi après-midi, dès lors que la seule personne susceptible d'assurer ces fonctions, notamment celles relatives à l'accueil du public, termine son service en fin de matinée le vendredi, ce depuis le 1er septembre 2021, ainsi qu'il en est justifié par la production de la fiche d'horaires de l'agent concerné. Dans ces conditions, le directeur de l'IME n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en lui opposant les nécessités de service pour refuser de lui accorder le vendredi après-midi comme demi-journée non travaillée.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée du 14 octobre 2021 en tant qu'elle fixe le mercredi après-midi comme demi-journée non travaillée, ensemble la décision du 22 novembre 2021 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'IME les moulins Gémeaux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés dans l'instance.

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme sollicitée par l'IME au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'établissement public médico-social départemental " les Moulins Gémeaux " sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'établissement public médico-social départemental " les Moulins Gémeaux ".

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.

La rapporteure,

S. Van Maele

La présidente,

N. Ribeiro-Mengoli La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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