jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2200975 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 janvier, 21 juin et 16 septembre 2022, Mme C E, représentée par Me Marceau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Montreuil a délivré à la SCCV Ombrages 3-4 un permis de construire en vue de démolir des constructions existantes et de réaliser une résidence " séniors " comprenant 13 logements ainsi qu'un immeuble à usage d'habitation comprenant 6 logements sur des terrains situés aux 13-15 rue de la Mare à l'âne, ensemble la décision du 22 novembre 2021 portant rejet implicite de son recours gracieux ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Montreuil a délivré à la SCCV Mare à l'âne un permis de construire modificatif, ensemble la décision du 23 juillet 2022 portant rejet implicite de son recours gracieux ;
3°) de rejeter la demande d'indemnisation formulée par les SCCV Ombrage 3-4 et Mare à l'âne au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et de mettre à la charge solidaire de la SCCV Ombrages 3-4 et de la SCCV Mare à l'âne une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Montreuil et des SCCV Ombrage 3-4 et Mare à l'âne une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la signataire du mémoire en défense présenté par la commune de Montreuil était incompétente pour ce faire ;
- le permis de construire initial du 23 juillet 2021 est entaché d'incompétence ;
- le dossier de demande de permis de construire déposé le 10 mai 2021 est insuffisant, dès lors que le plan de division foncière joint ne fait apparaître qu'une partie du terrain d'assiette du projet, et que la partie du terrain d'assiette qui n'y figure pas est destinée à recevoir une partie substantielle du projet de construction ;
- le projet méconnait les règles d'emprise au sol et de traitement paysager des espaces libres du règlement du PLUi applicables au secteur UH indice E, dès lors, d'une part, que le respect de ces règles n'a pas été apprécié à l'échelle de chaque lot issu de la division, et, d'autre part, que les logements de la résidence dédiée aux séniors sont des hébergements et non des logements sociaux, de sorte que les règles d'urbanisme relatives à la superficie de l'emprise au sol et au nombre de places de stationnement n'ont pas été respectées ;
- le projet méconnait les dispositions du règlement du PLUi relatives aux règles d'implantation des constructions les unes par rapport aux autres sur un même terrain, dès lors que la distance entre le bâtiment comprenant les logements en accession sociale et l'abri destiné aux deux-roues est inférieure à 6 mètres ;
- les conditions de desserte du projet sont insuffisantes, dès lors qu'une voie nouvelle en impasse de plus de 15 mètres de longueur sera créée pour desservir les 6 logements collectifs implantés en fond de parcelle et qu'aucune aire de retournement destinée aux véhicules n'est prévue, en méconnaissance des règles du PLUi applicables en toutes zones régissant la voirie ;
- le permis de construire modificatif du 28 mars 2022 est entaché d'incompétence ;
- l'arrêté de permis de construire modificatif excède le champ d'application du permis de construire modificatif, dès lors que le permis de construire initial vaut division parcellaire avant l'achèvement des travaux, tandis que le permis de construire modificatif prévoit une division primaire, de sorte que la nature-même du projet s'en trouve bouleversée et que le permis de construire modificatif constitue en réalité un nouveau permis de construire qui ne peut avoir pour effet de régulariser le permis de construire initial ;
- les permis de construire initial et modificatif auraient dû, s'ils constituaient des permis de construire avec division primaire, être instruits au regard de l'ensemble de l'unité foncière existant à la date à laquelle l'administration statue sur la demande, et non au regard de l'unité foncière telle qu'issue de la division ;
- l'arrêté de permis de construire modificatif a été obtenu par fraude, dès lors que la demande de permis de construire modificatif du 21 février 2022 est intervenue à la suite de la renonciation expresse, le 3 février 2022, du propriétaire des parcelles destinées à accueillir le projet, à les céder à la pétitionnaire, de sorte que cette dernière n'était pas autorisée par le propriétaire des parcelles à y exécuter des travaux au sens de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires enregistrés les 23 mai et 18 juillet 2022, la SCCV Mare à l'âne, représentée par Me Viel, demande au tribunal de condamner Mme E à lui verser une somme de 174 980,59 euros à parfaire au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme en réparation des préjudices qu'elle estime imputables à l'introduction, par la requérante, du présent recours pour excès de pouvoir.
Par des mémoires en défense enregistrés les 23 mai et 18 juillet 2022, la SCCV Ombrages 3-4 et la SCCV Mare à l'âne, représentées par Me Viel, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à l'application des dispositions des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et demandent au tribunal de mettre à la charge de Mme E une somme 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, la commune de Montreuil conclut au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, demande au tribunal l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 18 janvier 2023 pour la requérante, les 24 et 25 janvier 2023 pour les SCCV Ombrages 3-4 et Mare à l'âne et le 26 janvier 2023 pour la commune de Montreuil, n'ont pas été communiquées.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 14 février 2023 pour les SCCV Ombrages 3-4 et Mare à l'âne, ont été communiquées.
Vu :
- l'avis envoyé aux parties, en date du 24 mai 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, informant les parties que l'affaire était susceptible d'être inscrite au rôle d'une audience du deuxième semestre 2022 et que la clôture d'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 27 juin 2022 ;
- l'ordonnance du 12 septembre 2022 portant clôture immédiate de l'instruction ;
- les arrêtés attaqués ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hardy, rapporteure,
- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,
- les observations de Me Marceau, représentant Mme E, et de Me Bernot, représentant la SCCV Ombrage 3-4 et la SCCV Mare à l'âne.
Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme E le 17 février 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 23 juillet 2021, le maire de la commune de Montreuil a délivré à la SCCV Ombrages 3-4 un permis de construire en vue de démolir des constructions existantes et de réaliser une résidence destinée aux séniors comprenant 13 logements et un immeuble à usage d'habitation comprenant 6 logements sur des terrains situés aux 13-15 rue de la Mare à l'âne. Par un arrêté du 14 octobre 2021, ce permis de construire a été transféré à la SCCV Mare à l'âne. Par un arrêté du 28 mars 2022, le maire de la commune de Montreuil a délivré à la SCCV Mare à l'âne un permis de construire modificatif. Par la présente requête, Mme C E demande l'annulation des arrêtés du 23 juillet 2021 et du 28 mars 2022, ensemble les décisions du 22 novembre 2021 et du 23 juillet 2022 portant rejet implicite de ses recours gracieux dirigés contre ces arrêtés.
Sur la compétence de la signataire du mémoire en défense présenté pour la commune de Montreuil :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Selon l'article L. 2122-19 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut donner, sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature :1° Au directeur général des services et au directeur général adjoint des services de mairie ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 2131-1 de ce code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement (). / Le maire certifie, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme D F, directrice adjointe des services, a reçu, par un arrêté du 20 janvier 2022, transmis au contrôle de légalité et affiché le même jour, délégation permanente de signature pour tous les actes et correspondances concernant la commune de Montreuil dans le cadre de ses fonctions, en particulier pour les correspondances avec les juridictions administratives, notamment lorsqu'elles portent sur la communication de mémoires ou de pièces administratives liées à l'instruction. Par suite, l'exception tirée de l'incompétence de la signataire du mémoire en défense doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la qualification des permis de construire attaqués :
4. D'une part, aux termes de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article R. 442-1 du même code : " Ne constituent pas des lotissements au sens du présent titre et ne sont soumis ni à déclaration préalable ni à permis d'aménager : / a) Les divisions en propriété ou en jouissance effectuées par un propriétaire au profit de personnes qui ont obtenu un permis de construire ou d'aménager portant sur la création d'un groupe de bâtiments ou d'un immeuble autre qu'une maison individuelle au sens de l'article L. 231-1 du code de la construction et de l'habitation () ".
6. Il résulte de ces dispositions que, par exception à la procédure de lotissement, la division d'une unité foncière prévue au a) de l'article R. 442-1 du code de l'urbanisme, dite " division primaire ", permet à un pétitionnaire de demander et d'obtenir un permis de construire sur une partie de l'unité foncière existante alors que la division du terrain n'est juridiquement pas réalisée, celle-ci étant destinée à être accomplie après l'obtention du permis de construire.
7. Il ressort des pièces du dossier que la case " le terrain doit être divisé en propriété ou en jouissance avant l'achèvement des travaux " du formulaire de demande de permis de construire initial du 10 mai 2021 a été renseignée par la pétitionnaire. Cette dernière soutient cependant qu'il s'agit d'une erreur de plume, dès lors qu'elle a entendu solliciter, dès sa demande initiale, la délivrance d'un permis de construire avec division primaire en propriété de la parcelle n° CD 340, et non un permis de construire valant division parcellaire en propriété de la parcelle n° CD 340 avant l'achèvement des travaux.
8. D'une part, comme il a été dit au point 6, la division primaire en propriété permet au pétitionnaire de déposer une demande de permis de construire en sa qualité de futur acquéreur des terrains et au propriétaire de ces derniers d'en conserver une partie après la division parcellaire en propriété, qui doit intervenir, contrairement au permis de construire valant division parcellaire avant l'achèvement des travaux, après la délivrance d'un permis de construire.
9. D'autre part, il ressort de la promesse de vente du 9 mars 2021 conclue entre la pétitionnaire et le propriétaire de certaines parcelles destinées à accueillir le projet que ce dernier avait vocation à demeurer propriétaire d'une partie de l'unité foncière après la division de la parcelle cadastrée n° CD 340. Par suite, une demande de permis de construire valant division parcellaire en propriété avant l'achèvement des travaux aurait nécessité, pour la pétitionnaire, d'y associer le propriétaire des parcelles dont la division est envisagée. Dès lors, la circonstance que la pétitionnaire a présenté seule la demande du 10 mai 2021 peut être regardée comme révélant une intention de solliciter un permis de construire comprenant une division primaire en propriété de la parcelle n° CD 340. La case " le terrain doit être divisé en propriété ou en jouissance avant l'achèvement des travaux " du dossier de demande de permis de construire du 10 mai 2021 peut, par conséquent, être regardée comme ayant été renseignée par erreur, quand bien même le dossier comportait un plan de division de la parcelle n° CD 340. Par suite, le permis de construire initial délivré le 23 juillet 2021 doit être regardé comme un permis de construire comprenant une division primaire en propriété, et le permis de construire modificatif délivré le 28 mars 2022 avait seulement pour objet de corriger l'erreur de plume mentionnée ci-dessus.
En ce qui concerne la légalité du permis de construire initial du 23 juillet 2021 :
10. En premier lieu, il résulte des dispositions citées aux points 4 et 5 que la division primaire permet de combiner, pour les projets portant sur un groupe de bâtiments ou un immeuble autre qu'une maison individuelle destinés à occuper une partie de l'unité foncière existante, l'obtention de l'autorisation d'urbanisme nécessaire au projet et la division de l'unité foncière existante. Dans ce cas, le respect des règles d'urbanisme doit être apprécié au regard de l'ensemble de l'unité foncière existant à la date à laquelle l'administration statue sur la demande, bien que cette dernière soit informée de la division à venir.
11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans d'emprise foncière joints au dossier de demande de permis de construire, que, pour apprécier le respect, par le projet faisant usage du procédé de la division primaire, des dispositions du PLUi d'Est Ensemble, la commune de Montreuil a pris en compte le terrain d'assiette constitué de la fraction de l'unité foncière existante dont la SCCV Mare à l'âne doit devenir propriétaire après division, alors que, ainsi qu'il a été dit au point 10, le respect des dispositions du règlement du PLUi devait être apprécié au regard de l'ensemble de l'unité foncière existante à la date à laquelle elle a instruit la demande de permis de construire. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que l'instruction du dossier de demande de permis de construire a été réalisée sur le fondement d'une unité foncière incomplète.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article IV. 3. c. du règlement du PLUi d'Est Ensemble, dans sa rédaction alors applicable : " Dispositions particulières applicables aux zones urbaines (hors zones de projet) / 3. Fiche d'indices : / c. Emprise au sol des constructions et nature en ville / Nom de l'indice / E / Dispositions qui s'appliquent aux secteurs régis par cet indice : / Emprise au sol des constructions : / L'emprise au sol des constructions est limitée à 40 % maximum de la superficie du terrain () Dispositions transversales : / Dispositions en zone UH : / () Sur la commune de Montreuil / En cas de réalisation d'une opération comprenant au minimum 50 % de logements locatifs sociaux ou de logements en accession sociale, l'emprise au sol autorisée pourra être portée à 50 % maximum de la superficie totale du terrain ". Le PLUi définit le terrain comme étant " () composé de l'unité foncière constituée de l'ensemble des parcelles cadastrales d'un seul tenant appartenant à une même personne physique ou morale ".
13. Il ressort de la notice jointe au dossier de demande de permis de construire que le projet prévoit la construction d'un immeuble à usage d'habitation de 13 logements privatifs destinés aux séniors de type " co-living sénior en locatif social " comprenant une salle commune, une laverie et une salle informatique, dont il est également précisé qu'il s'agit " d'une construction à vocation sociale destinée à héberger un public spécifique, donc considérée comme [un] hébergement ", ainsi que la construction d'un immeuble à usage d'habitation de 6 logements en accession sociale. Si la pétitionnaire soutient que les 13 logements privatifs destinés aux séniors constituent des logements locatifs sociaux, ces derniers sont également qualifiés, au sein de la notice jointe au dossier de demande de permis de construire, d'hébergements. Dès lors que la pétitionnaire n'établit pas, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que cette qualification est erronée et que, par suite, sur les 19 logements projetés, seuls 6 sont sociaux ou en accession sociale, la requérante est fondée à soutenir que le projet, qui a une emprise au sol de 47 % de la superficie totale du terrain, méconnait les dispositions précitées de l'article IV. 3. c. du PLUi.
14. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen n'est susceptible de fonder, en l'état du dossier, l'annulation de l'arrêté attaqué.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Montreuil a délivré un permis de construire à la SCCV Ombrages 3-4, ensemble la décision du 22 novembre 2021 portant rejet implicite de son recours gracieux.
En ce qui concerne la légalité du permis de construire modificatif du 28 mars 2022 :
16. Comme il a été dit au point 11, il ressort des pièces du dossier, que, pour apprécier le respect, par le projet faisant usage du procédé de la division primaire, des dispositions du PLUi d'Est Ensemble, la commune de Montreuil a pris en compte le terrain d'assiette constitué de la fraction de l'unité foncière existante dont la SCCV Mare à l'âne doit devenir propriétaire après division, alors que, ainsi qu'il a été dit au point 10, le respect des dispositions du règlement du PLUi devait être apprécié au regard de l'ensemble de l'unité foncière existante à la date à laquelle elle a instruit la demande de permis de construire. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que l'instruction du dossier de demande de permis de construire modificatif a été réalisée au regard d'une unité foncière incomplète.
17. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen n'est susceptible de fonder, en l'état du dossier, l'annulation de l'arrêté attaqué.
18. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Montreuil a délivré à la SCCV Mare à l'âne un permis de construire modificatif, ensemble la décision du 23 juillet 2022 portant rejet implicite de son recours gracieux.
Sur la mise en œuvre des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
19. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de d'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". Et aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
20. Pour l'application de ces dispositions, le juge administratif doit apprécier si les vices qu'il a relevés peuvent être régularisés par un permis modificatif. Un tel permis ne peut être délivré que si les modifications envisagées pour remédier à ces vices n'apportent pas au projet initial un bouleversement tel qu'il en changerait la nature-même.
21. En l'espèce, les vices relevés par le présent jugement, tirés de ce que les permis de construire litigieux ont été instruits au regard d'une unité foncière incomplète, ne sont pas susceptibles d'être régularisés, dès lors qu'un permis de régularisation apporterait au projet initial un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, il n'y a pas lieu de mettre en œuvre les dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et les permis de construire contestés doivent être annulés dans leur totalité.
Sur le caractère abusif de la requête :
22. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel ".
23. La SCCV Mare à l'âne demande au tribunal de condamner Mme E à lui verser une indemnité de 174 980,59 euros à parfaire en réparation des préjudices financiers résultant, d'une part, de la renonciation du propriétaire des parcelles destinées à accueillir le projet à les lui céder, cette renonciation étant susceptible d'entraîner des modifications substantielles, voire l'abandon du projet et, d'autre part, de l'engagement de frais liés à la réalisation du projet, qu'elle impute à l'introduction du présent recours pour excès de pouvoir. Toutefois, et notamment au regard de l'illégalité des arrêtés attaqués, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait exercé son droit de former un recours pour excès de pouvoir dans des conditions traduisant un comportement abusif. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCCV Ombrages 3-4 et la SCCV Mare à l'âne réclament au titre des frais liés au litige. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et, d'une part, de mettre à la charge de la commune de Montreuil le versement d'une somme de 1 000 euros, et, d'autre part, de mettre à la charge solidaire de la SCCV Ombrages 3-4 et de la SCCV Mare à l'âne le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de ces mêmes frais, au profit de la requérante.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Montreuil a délivré à la SCCV Ombrages 3-4 un permis de construire en vue de démolir des constructions existantes et de réaliser une résidence " séniors " comprenant 13 logements ainsi qu'un bâtiment d'habitation comprenant 6 logements sur des terrains situés aux 13-14 rue de la Mare à l'âne, ensemble la décision du 22 novembre 2021 portant rejet implicite du recours gracieux dirigé contre cet arrêté, sont annulés.
Article 2 : L'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Montreuil a délivré à la SCCV Mare à l'âne un permis de construire modificatif, ensemble la décision du 23 juillet 2022 portant rejet implicite du recours gracieux dirigé contre cet arrêté, sont annulés.
Article 3 : La commune de Montreuil versera une somme de 1 000 (mille) euros et les SCCV Ombrages 3-4 et Mare à l'âne verseront solidairement une somme de 1 000 (mille) euros à Mme E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par l'ensemble des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à la SCCV Ombrages 3-4, à la SCCV Mare à l'âne, à la commune de Montreuil et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Katia Weidenfeld, présidente,
- Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère,
- Mme Marjorie Hardy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
La rapporteure, La présidente, M. B K. WeidenfeldLa greffière,M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 22009752
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026