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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2201004

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2201004

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2201004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantGOEAU-BRISSONNIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 janvier et 29 avril 2022, M. A B, représenté par Me Goeau-Brissonière, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de faits ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 23 mai 2022.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Van Maele a été entendu au cours de l'audience publique du 4 octobre 2022.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né en 1991, soutenant être entré en France en 2014, a sollicité, le 8 février 2021, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 janvier 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel M. B a présenté sa demande de titre de séjour et expose les motifs pour lesquels le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré qu'il n'entrait pas dans leurs prévisions, comporte les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision de refus de titre de séjour, et respecte ainsi les exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision portant refus de titre de séjour doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, M. B, qui ne produit aucune pièce permettant d'attester de sa présence habituelle en France entre 2014 et 2019, n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet a considéré qu'il ne justifiait pas d'une présence habituelle en France depuis 2014. D'autre part, la production d'une attestation très peu circonstanciée de la mère de son enfant datée du 16 janvier 2021 indiquant que M. B " contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de [son] enfant depuis sa naissance " et de trois justificatifs de transferts d'argent datés des 8 juin 2021, 29 août 2021 et 13 décembre 2021, pour un montant de 92 euros concernant les deux premiers transfert et de 150 euros concernant le troisième transfert, ne sont pas suffisants, à eux seuls, pour démontrer que M. B contribue de manière régulière et effective à l'éducation et à l'entretien de son fils né en 2017, si bien que le préfet n'a pas commis d'erreur de fait en retenant l'absence de contribution de M. B à l'éducation et à l'entretien de son enfant. Enfin, si M. B fait valoir que son employeur a répondu à la demande de pièces complémentaires qui lui avait été adressée le 6 septembre 2021 par les services de la main d'œuvre étrangère dans le cadre de la demande d'autorisation de travail le concernant, il ressort des pièces du dossier que cette réponse n'a été adressée par courriel que le 6 octobre 2021, soit postérieurement à l'intervention de la décision de rejet de sa demande d'autorisation de travail intervenue le 1er octobre 2021. Dès lors, le préfet a pu sans erreur de fait se fonder sur le rejet de la demande d'autorisation de travail de l'intéressé pour rejeter sa demande de titre de séjour. Il suit de tout ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreurs de fait doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B, s'il soutient être entré en France le 2 février 2014, n'établit sa présence habituelle sur le territoire qu'à compter du mois d'avril 2019. S'il se prévaut de la présence en France de son fils âgé de cinq ans, il n'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 3, sa participation à l'éducation et à l'entretien de celui-ci. De plus, s'il ressort des pièces du dossier que M. B travaille comme chauffeur-livreur depuis le mois d'avril 2019 et perçoit à ce titre une rémunération équivalente au salaire minimum de croissance, une telle situation n'est pas, compte tenu de la durée de l'activité exercée et des caractéristiques de l'emploi concerné, un motif exceptionnel de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Compte tenu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à soutenir que sa situation répond à des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour en France. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne justifie d'une présence régulière en France que depuis le mois d'avril 2019 et que, contrairement à ce qu'il soutient, il n'établit pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de son fils âgé de cinq ans. En outre, si l'intéressé soutient qu'il n'a plus de famille dans son pays d'origine, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Il ne justifie pas davantage disposer d'attaches privées ou familiales particulières en France. Dans ses conditions, nonobstant les efforts d'intégration professionnelle de l'intéressé, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 4 janvier 2022. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées de même que, par voie de conséquences, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Goeau-Brissonière et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. Van Maele

Le président,

Signé

C. Tukov La greffière,

Signé

N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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