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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2201120

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2201120

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2201120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantHERVIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 janvier 2022 et 24 août 2022, Mme E A, représentée par Me Hervieux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de fait s'agissant sa durée de présence sur le territoire ;

- elle méconnaît les articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Par une ordonnance du 13 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

28 octobre 2022 à 12h.

Un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2022, a été présenté pour la requérante et n'a pas été communiqué (instruction close).

Vu les autres pièces du dossier.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 août 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Bobigny.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Hervieux, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante , a sollicité, le , son admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 décembre 2021, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

2. Par un arrêté n° 2021-2400 du16 septembre 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature notamment à Mme D B, attachée d'administration, pour signer l'ensemble des décisions de refus de séjour et d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France en février 2016, s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français. Si elle vit en France aux côtés de son époux, un compatriote, celui-ci n'a pas à la date de la décision attaquée de titre de séjour mais est seulement titulaire d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 8 décembre 2022 dans l'attente de l'examen de sa demande de titre de séjour, et leur enfant né en 2019 sur le territoire français est très jeune. Mme A n'est en outre pas dépourvue de toutes attaches familiales dans son pays où elle a vécu la majorité de sa vie et où la cellule familiale peut se reconstituer et où résident ses parents et sa fratrie. Par ailleurs elle ne démontre pas une intégration particulière, sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché la décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation ou aurait méconnu les dispositions précitées en estimant que la situation de l'intéressée ne justifiait pas une admission exceptionnelle au séjour en France au regard des dispositions précitées.

5. Si Mme A justifie par les pièces produites être entrée en France le 16 février 2016 et le caractère continue de sa présence, cette erreur de fait est sans incidence sur la légalité de la décision contestée dès lors que le préfet aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Pour les mêmes raisons qu'exposées au point 4, et alors que, ainsi qu'énoncé précédemment, la cellule familiale peut se reformer en Inde dont tous les membres ont la nationalité et leur fille y poursuivre sa scolarité, la décision contestée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc méconnu ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a méconnu ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 23 décembre 2021. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte, et celles présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La présidente-rapporteure,L'assesseure la plus ancienne,Signé Signé M. CM. de BouttemontLa greffière,Signé A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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