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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2201171

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2201171

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2201171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantBONAGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2022, M. A C B et autres, représentés par Me Bonaglia et Me Angliviel, demandent au tribunal :

1°) de les admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté AR/22/98 du 19 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Ouen a prononcé diverses mesures aux fins de remédier à l'état de péril que présente l'immeuble situé au 29, rue Emile Cordon à Saint-Ouen-sur-Seine ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Ouen la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le maire de la commune de Saint-Ouen conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de disposer d'un intérêt à agir,

- les autres moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

M. C B et autres ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2022.

Par une ordonnance du 1er février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Nour en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nour, rapporteure,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B et autres se sont installés dans l'immeuble situé au 29, rue Emile Cordon à Saint-Ouen-sur-Seine, dont la Foncière de Paris SIIC est propriétaire. Par un arrêté du 19 janvier 2022, le maire de la commune de Saint-Ouen a prononcé diverses mesures aux fins de remédier à l'état de péril que présente l'immeuble, notamment l'interdiction de l'habiter et de pénétrer dans les lieux. M. C B et autres demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. C B et autres ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2022, de sorte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux (), de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure ". Aux termes de l'article L. 2212-4 du même code " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 2213-24 du code général des collectivités territoriales, " Le maire prescrit la réparation ou la démolition des murs, bâtiments, édifices ou monuments funéraires menaçant ruine dans les conditions prévues au chapitre Ier du titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation, " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / 1° Les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers () ". Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Pour l'application du présent chapitre, l'occupant est le titulaire d'un droit réel conférant l'usage, le locataire, le sous-locataire ou l'occupant de bonne foi des locaux à usage d'habitation et de locaux d'hébergement constituant son habitation principale. Le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer le relogement ou l'hébergement des occupants ou de contribuer au coût correspondant dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-1 ". Aux termes de l'article L. 521-2 du code de la construction et de l'habitation : " III.- Lorsque les locaux sont frappés d'une interdiction définitive d'habiter et d'utiliser, les baux et contrats d'occupation ou d'hébergement poursuivent de plein droit leurs effets, exception faite de l'obligation de paiement du loyer ou de toute somme versée en contrepartie de l'occupation, jusqu'à leur terme ou jusqu'au départ des occupants et au plus tard jusqu'à la date limite fixée par l'arrêté de traitement de l'insalubrité ou de mise en sécurité (). Les occupants qui sont demeurés dans les lieux faute d'avoir reçu une offre de relogement conforme aux dispositions du II de l'article L. 521-3-1 sont des occupants de bonne foi qui ne peuvent être expulsés de ce fait ".

6. Il est constant que les requérants étaient des occupants sans titre du bâtiment en cause, qu'ils avaient au demeurant évacué à la date d'introduction de la requête. Dès lors qu'il n'est au demeurant pas contesté que leurs effets personnels leurs ont été restitués par le propriétaire dans les jours qui ont suivi l'édiction de l'arrêté en litige, M. C B et autres, qui ne disposent d'aucun droit d'occuper à nouveau le bâtiment qu'ils ont libéré, à supposer même que celui-ci ne présenterait pas un caractère dangereux, ne justifient pas d'une qualité leur donnant intérêt à agir contre cet arrêté, lequel n'a pas été édicté dans le cadre d'une procédure d'expulsion dans laquelle des droits leur seraient effectivement garantis. Par suite, la requête de M. C B et autres est irrecevable et doit, pour ce motif, être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. C B et autres tendant à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C B et autres est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et autres et au maire de la commune de Saint-Ouen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La magistrate désignée,

C. Nour

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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