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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2201273

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2201273

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2201273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBEN MAJED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2022, M. B, représenté par

Me Ben Majed, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a signalé au système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois, à compter de la notification du jugement à intervenir sous 50 euros d'astreintes par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans le délai de deux mois, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté en litige :

- est entaché d'incompétence du signataire ;

- méconnait les articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français :

- n'est pas suffisamment motivé ;

- est entaché d'erreurs de fait et d'erreur de droit ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'interdiction de retour assortie de l'inscription dans le système d'information Schengen :

- est entaché d'incompétence du signataire ;

- n'est pas suffisamment motivé ;

- est entaché d'erreur de droit ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 30 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

29 avril 2022.

Des pièces complémentaires ont été enregistrées le 27 juin 2022, postérieurement à la clôture d'instruction et à l'audience.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager, présidente,

- les observations de Me Ben Majed pour M. B, le préfet n'étant pas présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, né le 21 décembre 1989, entré en France irrégulièrement, le 15 novembre 2007, selon ses déclarations, a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 27 mai 2021. Par un arrêté du 11 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a signalé au système d'information Schengen. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté n° 2020-2175 du 2 octobre 2020, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 5 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E D, chef du pôle refus de séjour et intervention, à l'effet de signer notamment les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ".

4. Les articles L. 122-1 et 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, imposent que les décisions individuelles défavorables qui doivent être motivées soient soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. Toutefois, il résulte des dispositions de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, le requérant ne peut pas utilement se prévaloir des dispositions des articles, L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration à 1'encontre de la décision fixant le pays de la mesure d'éloignement. En tout état de cause, M. B qui a eu la possibilité de présenter toutes observations à l'appui de sa demande de titre, n'établit ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou avoir été empêché de présenter des observations, avant que ne soit prise la décision fixant le pays de destination en litige, et ne démontre pas plus que les éléments qu'il aurait pu faire valoir auraient eu une incidence sur le sens de la décision prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

5. La décision contestée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué.

6. M. B, qui allègue résider en France depuis 2007, où il est arrivé pour rejoindre son père et ses sœurs et affirme avoir complété sa demande de titre en produisant les pièces établissant sa présence en France depuis plus de dix ans, soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision de refus d'un vice de procédure en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour. Toutefois, en l'absence de la production de pièces justificatives, produites au cours de l'instruction et avant clôture, le requérant n'établit pas une présence de dix ans en France à la date de la décision attaquée. Il n'est ainsi pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'un vice de procédure en ne saisissant pas la commission du titre.

7. Si le requérant fait valoir que le préfet a mentionné de manière erronée que sa mère résidait au Maroc, son pays d'origine alors qu'elle est décédée en Italie en 2016, et qu'il l'avait signalé dans sa demande, cette erreur de fait n'est en tout état de cause pas susceptible d'avoir eu des conséquences sur l'examen de la situation de l'intéressé, notamment dans la mesure où il n'établit pas que le centre de sa vie privée et familiale se trouve en France.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de l'intéressé.

9. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14.Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

10. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

11. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui a examiné sa situation au titre de la vie privée et familiale, a pu estimer, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une part, que M. B, célibataire, sans charge de famille nonobstant la circonstance que des membres de sa famille résident régulièrement en France, ne démontre ni l'ancienneté, ni l'intensité, ni la stabilité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français, et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident toujours des membres de sa famille. D'autre part, M. B fait valoir qu'il est en possession d'un contrat de travail et exerce une activité professionnelle en qualité en qualité de boulanger depuis 2018. Toutefois, outre qu'il n'a produit aucune pièce justificative, au cours de l'instruction, permettant de constater qu'il exerce une activité professionnelle, il n'apporte aucun élément de nature à infirmer l'appréciation portée par le préfet sur son activité professionnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions précitées et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation de M. B doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui opposant un refus de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

13. La décision prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, qui vise les dispositions L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'une interdiction de retour d'une durée de deux ans ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée. Par suite,

M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait insuffisamment motivée.

14. Le préfet de la Seine-Saint-Denis, après avoir considéré que M. B ne justifiait pas avoir établi en France le centre de sa vie privée et familiale et n'était pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, a constaté que l'intéressé s'était soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français. Dans ces circonstances, le préfet pouvait légalement prononcer une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans. Contrairement à ce que soutient le requérant, il n'a ainsi pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il s'est fondé pour prendre la décision attaquée. En assortissant l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet de la Seine-Saint-Denis, n'a pas davantage, compte tenu de ce que l'intéressé n'a pas établi de liens familiaux en France, commis d'erreur d'appréciation, malgré le fait que sa présence en France ne représente pas de menace pour l'ordre public.

15. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2021. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, comme doivent l'être, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La présidente, rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseur le plus ancien,

M. C

La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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