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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2201283

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2201283

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2201283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDIAWARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2022, M. A, représenté par Me Diawara, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ", sous 100 euros d'astreintes par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté en litige :

- est entaché d'incompétence ;

- est entaché d'un défaut de motivation ;

- méconnait le droit d'être entendu, en violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 et de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet n'a pas justifié que la Mauritanie est un pays d'origine sûre.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 30 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

29 avril 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du 29 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hermann Jager, présidente rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauritanien, né le 31 décembre 1964, entré irrégulièrement sur le territoire français le 1er mars 2009, selon ses déclarations, a sollicité un titre de séjour déposé initialement en 2016 et complété le 29 mai 2019, au titre de l'admission exceptionnelle. Par un arrêté du 30 mars 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté n° 2020-2175 du 2 octobre 2020, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 5 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E D, chef du pôle refus de séjour et intervention, à l'effet de signer notamment les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.

3. La décision contestée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué.

4. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

5. Si le requérant fait grief au préfet de la Seine-Saint-Denis de ne pas l'avoir préalablement informé qu'il envisageait de prononcer à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français, M. A, dont la demande d'admission exceptionnelle au séjour a été rejetée ne pouvait ignorer qu'en cas de refus, il ne pourrait obtenir son admission au séjour à ce titre et pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. A l'occasion du dépôt de sa demande, il a été conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demandait que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartenait, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles. Il lui était loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de délivrance d'un titre, n'imposait pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français prise concomitamment et en conséquence du refus de délivrance d'un titre de séjour. En tout état de cause, le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen invoqué, tiré de la violation de son droit d'être entendu préalablement à la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit en conséquence être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa numérotation en vigueur à la date de la décision : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14.Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14, désormais codifié à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui a examiné sa situation au titre de la vie privée et familiale, a pu estimer, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une part, que M. A, célibataire, sans charge de famille ni attache familiale en France, ne démontre ni l'ancienneté, ni l'intensité, ni la stabilité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français, et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusque l'âge de 45 ans et où résident les membres de sa famille. D'autre part, s'agissant de son activité professionnelle, si M. A fait valoir qu'il dispose d'une promesse d'embauche en qualité d'agent de communication et interprète pour l'association d'aide sociale à l'intégration, il ne la produit pas et ne justifie pas d'une situation professionnelle telle qu'elle puisse être regardée comme présentant des motifs exceptionnels, les fiches de paie produites au soutien de ses écritures ne révélant qu'une activité exercée depuis octobre 2020 en qualité de manœuvre pour le compte de la société Prestige Service Associés, ce qui est insuffisant pour considérer qu'il justifie d'une intégration professionnelle pérenne et effective. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions précitées doit être écarté.

9. La demande de titre de séjour ayant été déposée sur le fondement de l'article

L. 313-14 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant ne peut utilement invoquer la violation par le préfet de la Seine-Saint-Denis de l'article

L. 313-10 dudit code.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, M. A n'a pas établi en France le centre de sa vie privée et familiale, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui opposant un refus de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne le pays de destination :

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le requérant en se bornant à alléguer, sans l'établir par des pièces justificatives, qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants en Mauritanie, n'établit l'existence d'aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine, de sorte que la décision en litige ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. M. A, qui s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle, ne peut utilement invoquer la circonstance que la Mauritanie n'est pas inscrit sur la liste des pays d'origine sûrs à l'encontre de la décision en litige.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée dans son ensemble, y compris donc les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La présidente, rapporteure,

Signé

V. Hermann Jager

L'assesseur le plus ancien,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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