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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2201285

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2201285

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2201285
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantMEUROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 janvier 2022, les 2 et 15 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Meurou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de 36 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, dans un délai de 15 jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée et est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- il ne présente pas une menace à l'ordre public ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 611-3 du code précité ;

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure le privant d'une garantie ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. C, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 19 septembre 2022 à 11h :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Raymond, substituant Me Meurou, pour M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de 36 mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Pour édicter la décision attaquée, le préfet de la Seine-Saint-Denis a notamment indiqué que M. A, né le 9 octobre 1997 déclare être entré en France en 2007, y vivre depuis cette date mais qu'il n'en justifie pas, pas plus que de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, ou de conditions d'existences pérennes, ni même d'une insertion particulièrement forte dans la société française.

3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code précité : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ". D'une part, M. A soutient qu'il est entré en France avec sa mère et ses deux frères en 2008 alors qu'il était âgé de 11 ans. Pour démontrer sa présence en France avant l'âge de treize ans, il produit un document de voyage personnel français en lien avec son père en date du 30 décembre 2009, une certification de scolarité de l'école élémentaire qui indique qu'il a été inscrit sur les registres de l'école du 3 septembre 2008 au 2 juillet 2009, deux bulletins scolaires de l'année 2009/2010 pour la classe de 6ème, son carnet de vaccination avec plusieurs mentions en 2008 et 2009, une inscription à une licence de la fédération française de Football pour l'année 2009/2010 ainsi que de nombreux témoignages de ses parents et amis. D'autre part, M. A soutient sans être contredit avoir résider habituellement en France depuis son arrivée et, outre les témoignages circonstanciés, apporte un document de circulation pour l'année 2015, des bulletins scolaires pour les années 2010 à 2013, plusieurs preuves d'une inscription au lycée pour l'année 2014-2015. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a été incarcéré entre 2015 et 2020 et travaille depuis sa sortie de prison en mai 2020. Ces éléments constituent un faisceau d'indices suffisant permettant d'établir sa résidence habituelle en France depuis 2008. Par suite, alors que l'incarcération de M. A ne remet pas en cause le caractère habituel de sa résidence en France, la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 26 janvier 2022 et par voie de conséquence de la décision de refus de délai de départ volontaire, de la décision fixant le pays de destination et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français en découlant.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date du présent arrêt : " Si la décision portant l'obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas () ".

6. Le présent jugement n'implique pas nécessairement que le préfet compétent délivre un titre de séjour à M. A. En revanche, l'annulation de l'obligation faite au requérant de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur sa situation. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, compétent à raison du lieu de résidence de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. A dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, après lui avoir délivré, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

7. D'autre part, l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A implique que l'autorité administrative mette fin au signalement au système d'information Schengen aux fins de non-admission dont celui-ci a fait l'objet. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 26 janvier 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour à l'intéressé et de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

E. C

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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