lundi 3 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2201806 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CHEIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire complémentaire et un mémoire récapitulatif, enregistrés les 1er et 16 février 2022 et 13 mars 2023, M. E A, représenté par Me Cheix, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de cent euros par jour de retard, de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " portant autorisation de travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, subsidiairement, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à Me Cheix au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ont été prises irrégulièrement, en l'absence d'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
-la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale pour être fondée sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
-la décision fixant le pays de destination est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet, qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2021.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Marias, premier conseiller.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 1er janvier 1980, a sollicité le 23 octobre 2020 la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par arrêté du 25 janvier 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions de la requête :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions en litige
2. En vertu des dispositions combinées de deux arrêtés n° 2020-1515 du 31 juillet 2020 et 2020-2175 du 2 octobre 2020, publiés au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis respectivement les 31 juillet 2020 et 5 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à Mme D C, signataire des décisions attaquées, délégation de sa signature à l'effet de signer de telles décisions, en cas d'absence ou d'empêchement de personnes dont il n'est pas établi ni même allégué qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées à la date à laquelle ces décisions ont été prises. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de délivrance d'un titre de séjour serait entaché d'incompétence doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen commun à la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français
3. Il ressort des pièces du dossier que l'avis des médecins de l'OFII était joint à l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure en l'absence d'avis doit être écarté. En tout état de cause, cet avis a été communiqué dans le cadre de la présente instance.
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. () ".
5. Il résulte de ces dispositions que lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, en vertu des règles gouvernant l'administration de la preuve devant le juge administratif, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conforme à ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
6. En l'espèce, le préfet a relevé qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Mali, M. A, qui souffre d'une tuberculose pulmonaire bacillifère et dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si M. A soutient que les médicaments Rifinah et Rifadine " souvent prescrits aux personnes souffrant de la tuberculose " ne sont pas disponibles au Mali ou " tout au moins impossible d'accès pour la très grande majorité de la population malienne ", il ne verse pas au dossier de pièces susceptibles d'appuyer ses allégations, l'attestation d'un pneumologue en date du 9 septembre 2022, très postérieure à l'arrêté attaqué et dont les termes relatifs à une prise en charge régulière en milieu hospitalier sont vagues et peu circonstanciés quant à l'impossibilité de contrôles biologiques fréquents en milieu hospitalier au Mali, ne pouvant en tenir lieu. La circonstance que l'hôpital de Kayes, en proie à un conflit du travail, serait à deux heures de voiture de sa ville d'origine ainsi que les données générales sur le contexte politique, la corruption et la pénurie de médecins au Mali et sur les objectifs non atteints en matière de lutte contre la tuberculose ne permettent pas non plus d'estimer qu'il ne disposerait pas de soins effectifs au Mali. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auraient été méconnues. Par voie de conséquence, le moyen tiré de ce que le préfet était tenu de saisir la commission du titre de séjour doit être également écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
8. M. A, né le 10 janvier 1980, est entré irrégulièrement en France le 10 avril 2018 à l'âge de 38 ans et a ainsi vécu la plus grande partie de son existence dans son pays d'origine. Il est célibataire et sans charges de famille. Dans ces conditions, et nonobstant les liens qu'il aurait tissés en France, il ne justifie d'aucune circonstance qui ferait obstacle à son éloignement au Mali. Par suite, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance des stipulations précitées et n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
9. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
10. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.
11. Aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu ces dispositions.
13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, cette décision n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours
14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".
15. Si le requérant soutient que la décision du préfet de lui accorder un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il se borne, à l'appui de ce moyen, à soutenir que le préfet aurait dû lui accorder un délai de départ supérieur, au vu des circonstances particulières de sa situation qui justifieraient, selon lui, qu'un tel délai lui soit accordé à titre exceptionnel, compte tenu en particulier de la gravité de sa pathologie et du suivi médical dont il fait l'objet et qui ne peut être brutalement interrompu ", sans toutefois apporter davantage de précisions. Par ailleurs, il n'indique pas quel délai aurait dû lui être accordé. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté, ainsi que ceux tirés d'une erreur de droit et du défaut de motivation dès lors que le délai de trente jours accordé est le délai normal prévu par les dispositions précitées.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, de même que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Cheix.
Délibéré après l'audience du 20 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Hoffmann, président du tribunal,
- M. Marias, premier conseiller,
- Mme Parent, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.
Le rapporteur,Le président du tribunal,H. MariasM. BLa greffière,A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026