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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2201970

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2201970

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2201970
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantMARZAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 février 2022, M. A D, représenté par Me Marzak, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la signification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la signification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait en ce qui concerne sa situation personnelle et familiale ;

- en s'estimant lié par l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit ;

- la décision de refus de séjour a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : il est dans l'impossibilité de bénéficier effectivement de soins en Tunisie ; la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ont méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un " défaut de base légale " faute de viser l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 3 mars 2023 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Khiat, conseiller,

- les observations de Me Marzak pour M. D, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, de nationalité tunisienne, né le 25 octobre 1972 à Tunis, est entré en France le 17 mars 2015 muni d'un visa Schengen de court séjour valable du 12 mars au

10 avril 2015. M. D a sollicité, le 14 janvier 2021, la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou sur celui de l'article L. 423-23 du même code. Par un arrêté du 11 juin 2021, dont le requérant demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-0796 du 7 avril 2021, régulièrement publié, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme C B, attachée d'administration de l'État en charge des refus de séjour et des interventions, pour signer les décisions de la nature de celles en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions en litige comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance et du défaut de motivation doivent être écartés.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du courrier daté du 14 janvier 2021 adressé aux services préfectoraux, que M. D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " pour raison médicale en considération de ma situation privée et familiale " sur les fondements des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour rejeter la demande de M. D, le préfet de la

Seine-Saint-Denis a estimé qu'il ne remplissait pas les conditions prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que sa décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale au regard du but poursuivi. En particulier, le préfet a relevé que M. D est entré régulièrement en France en 2015, qu'il est célibataire, sans charges de famille et que rien ne l'empêche de retourner dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-trois ans. Au regard de ces éléments, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est implicitement mais nécessairement prononcé sur la demande de délivrance de titre de séjour présentée par M. D sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen faute de s'être prononcé sur sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En quatrième lieu, la circonstance que l'arrêté contesté a fait sien l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration en s'en appropriant les termes n'implique pas que le préfet s'est estimé lié par cet avis. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit faute d'avoir exercé son pouvoir d'appréciation.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. "

7. Pour refuser à M. D la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 3 mai 2021 selon lequel, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celui-ci peut néanmoins bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel son état de santé lui permet de voyager sans risque. S'il ressort des pièces du dossier que M. D est suivi en raison de troubles psychiatriques, il n'apporte pas la moindre précision sur la nature de son traitement, et ne démontre pas que celui-ci ne serait pas disponible en Tunisie. S'il soutient que la présence de sa mère auprès de lui est indispensable, cette circonstance à la supposer établie est sans incidence sur la légalité de la décision de refus de séjour. Enfin, si le requérant soutient qu'il n'est pas en mesure d'avoir accès au traitement approprié à sa pathologie compte tenu de son coût et de ses ressources, il n'apporte pas le moindre élément au soutien de ses allégations. Dès lors, la décision refusant à M. D la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". En outre, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Si M. D justifie d'une résidence habituelle en France depuis son entrée sur le territoire en 2015, l'intéressé est célibataire et sans charges de famille. Si M. D soutient que sa mère, de nationalité française, réside en France, et que son père est décédé depuis 2007, ces éléments ne permettent pas à eux seuls de démontrer qu'il est dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. A cet égard, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait en ce qui concerne l'appréciation de la vie privée et familiale de M. D. En outre,

celui-ci ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle sur le sol français. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de M. D en France, le préfet de la

Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, la décision en litige n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De même, les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français n'ont pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste quant à l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle du requérant.

10. En septième lieu, le requérant ne démontre pas que les décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français sont illégales. En conséquence, il n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de séjour pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ni davantage de cette dernière pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

11. En huitième lieu, la circonstance que la décision fixant le pays de destination n'ait pas visé l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas pour effet de priver cette décision de base légale.

12. En neuvième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination est dépourvu de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, par suite, qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romnicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le rapporteur,

Y. Khiat

Le président,

M. E

La greffière,

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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