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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202087

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202087

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantMÉNAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2022, M. A B, représenté par Me Menage, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois sous astreinte journalière de 100 euros en lui délivrant sous la même astreinte un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " document autorisant à travailler " en application des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait quant à la régularité de son entrée sur le territoire et à l'ancienneté de son insertion professionnelle ;

- le préfet a commis une erreur de droit en faisant application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a commis une erreur de droit en lui opposant l'absence de visa de long séjour alors que de nombreuses dispositions de l'accord franco-algérien, notamment l'article 6-5, rendent possible la délivrance d'un titre de séjour aux ressortissants algériens qui ne disposent pas de visa de long séjour ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'aucune condition de ressource n'est stipulée à l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il y a lieu de substituer aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicables aux ressortissants algériens, le pouvoir général de régularisation dont dispose le préfet, comme base légale de la décision de refus de titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guiral,

- et les observations de Me Bert Lazli substituant Me Menage, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 21 juillet 1981 à Azazga (Algérie), qui déclare être entré en France le 10 octobre 2013 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires italiennes, accompagné de son épouse et de ses deux enfants, a sollicité, le 4 janvier 2021, son admission au séjour. Par l'arrêté attaqué du 22 décembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est marié le 20 octobre 2010 en Algérie avec une compatriote qui est titulaire, depuis le 22 septembre 2020, d'un certificat de résidence de dix ans. De cette union sont nés, le 1er juillet 2011 à Azazga (Algérie), le 22 décembre 2012 à Azazga (Algérie) et le 8 février 2014 à Paris (France), trois enfants qui sont scolarisés sur le territoire français. M. B justifie, par la production de pièces suffisamment nombreuses, diversifiées et probantes, résider de manière habituelle en France depuis 2014, soit depuis plus de six ans à la date d'édiction de l'arrêté. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant, qui travaille sans discontinuité comme maçon depuis le 6 mai 2019, a conclu le 22 novembre 2020 un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet et perçoit un salaire mensuel de 1 657 euros nets. Enfin, M. B, dont les salaires sont versés sur le compte bancaire de sa compagne, démontre la réalité d'une vie commune avec son épouse et ses enfants depuis au moins 2017, soit depuis plus de quatre ans à la date d'édiction de l'arrêté, cette communauté de vie n'étant d'ailleurs pas même contestée en défense. Dans ces conditions, eu égard à la durée de séjour du requérant, à l'ancienneté de la communauté de vie avec son épouse, en situation régulière en France, à la présence de ses trois enfants mineurs sur le territoire et aux efforts d'insertion professionnelle dont il témoigne, le préfet a porté, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Cette décision de refus de titre de séjour méconnaît ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et doit, dès lors et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens articulés conte elle, être annulée. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait obligation au requérant de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné.

4. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs qui le fondent, qu'un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré au requérant. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à l'autorité préfectorale territorialement compétente d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette mesure de l'astreinte demandée.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 décembre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à l'autorité préfectorale territorialement compétente de délivrer à M. B un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Gauchard, président,

- Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

- M. Guiral, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.

Le rapporteur,

S. Guiral

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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