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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202110

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202110

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 février et 11 mai 2022, Mme B A C, représentée par Me Simon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, ou à lui verser directement, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- le signataire de la décision de refus de titre de séjour est incompétent ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guiral,

- et les observations de Mme A C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante colombienne née le 14 mai 1989, qui est entrée en France le 29 août 2007, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 19 octobre 2021. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A C séjourne de manière ininterrompue depuis le 29 août 2007 en France où elle est entrée à l'âge de dix-huit ans. Elle a obtenu, le 1er octobre 2009, un titre de séjour portant la mention " étudiant ", renouvelé jusqu'en 2017, pour suivre des études de danse contemporaine. Ayant obtenu le diplôme national supérieur professionnel de danseur et le diplôme d'Etat de professeur de danse, elle s'est vu délivrer le 10 octobre 2017 un titre de séjour portant la mention " passeport talent - profession artistique et culturelle ", renouvelé pour une durée d'un an, puis, à compter du 29 octobre 2019, une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale " renouvelée jusqu'au 28 octobre 2021. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des nombreux contrats produits, que Mme A C exerce, depuis 2017, une activité professionnelle, en tant que professeure de danse, de chorégraphe et de danseuse, sous la forme libérale ou salariée, auprès de différentes collectivités publiques et de divers organismes privés, notamment associatifs, l'intéressée étant également employée par plusieurs compagnies de danse. Elle justifie par ailleurs, outre son expérience professionnelle, avoir noué un réseau professionnel important et solide, ainsi qu'en témoigne les attestations produites qui mentionnent qu'elle est un professeur humain, dynamique, très impliqué dans les projets du conservatoire de danse de Bussy-Saint-Georges et très apprécié des élèves et des parents d'élèves. Présidente de l'association de danse Conscience en mouvement, elle démontre également, par les liens qu'elle a tissés en France, une réelle insertion sociale. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée de la présence en France de la requérante en situation régulière et à son insertion sociale et professionnelle, le préfet n'a pu, alors même que la requérante serait célibataire et sans charge de famille, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, rejeter sa demande de renouvellement de titre de séjour.

3. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A C est fondée à demander l'annulation de la décision du 21 décembre 2021 portant refus de séjour ainsi, par voie de conséquence, que l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

4. L'exécution du présent jugement implique, eu égard aux motifs qui le fondent, qu'une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à Mme A C. Il y a lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

5. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Simon, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante, le versement à Me Simon de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 décembre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à l'autorité préfectorale territorialement compétente de délivrer à Mme A C une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Simon une somme de 1 000 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C, à Me Simon et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Gauchard, président,

- Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

- M. Guiral, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.

Le rapporteur,

S. Guiral

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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