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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202138

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202138

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantALBERA LAURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2022, M. A C, représenté par Me Albera, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois et une autorisation provisoire de séjour et de travail le temps strictement nécessaire à la délivrance du titre de séjour ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour et de travail jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur son cas ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder au retrait de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête n'est pas tardive ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen complet ;

- en affirmant qu'il ne pouvait être regardé comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de la mesure d'éloignement prononcée le 29 janvier 2010, le préfet a commis une erreur de droit ;

- dès lors qu'il justifie d'une résidence habituelle depuis dix ans, le préfet était tenu de saisir la commission du titre de séjour ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les articles L. 313-14 et L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît le principe général du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de toute décision individuelle défavorable ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée au regard du droit au respect de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guiral,

- et les observations de Me Albera, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant égyptien né le 15 novembre 1988 à Gharbeya, a présenté le 26 juillet 2019 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Par l'arrêté du 6 août 2020, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2019-1515 du 31 juillet 2020, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D B, directrice de l'immigration et de l'intégration, signataire de la décision litigieuse, à l'effet de signer les décisions refusant un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour dont il était saisi. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir () / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ".

6. Les pièces que M. C produit, à savoir deux attestations, édictées au demeurant le 21 janvier 2018, relatives au rechargement hebdomadaire d'une carte " Navigo " en 2011, une lettre de l'hôpital Avicenne pour une consultation prévue le 12 juin 2012, un courrier du 25 septembre 2012 concernant l'ouverture d'un compte bancaire, ainsi qu'une attestation d'hébergement depuis le 1er octobre 2012, sont insuffisamment nombreuses et probantes pour justifier d'une résidence habituelle en France en 2011 et 2012. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour, prévu au deuxième alinéa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, M. C fait valoir qu'il réside en France depuis treize ans et que son frère y séjourne régulièrement sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle. Toutefois, le requérant, célibataire, ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, avoir noué des liens privés et familiaux d'une particulière intensité sur le territoire où il est entré, selon ses déclarations, à l'âge de dix-huit ans, la seule durée de présence n'étant pas de nature à lui conférer un droit au séjour. Par ailleurs, la production de quelques chèques de mai à décembre 2018, d'avril à juillet 2019 et en juin 2020, ne peut suffire à établir, en l'absence de tout autre document, notamment de contrat de travail, la réalité de son insertion professionnelle. Dans ces conditions, M. C ne justifie d'aucun motif d'admission exceptionnelle au séjour au sens de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que, si le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur de droit en opposant à l'intéressé, pour la computation de la durée de sa résidence habituelle en France, l'inexécution d'une mesure d'éloignement prononcée le 29 janvier 2010, ces éléments sont sans influence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'il aurait pris, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif erroné. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi, en tout état de cause, que du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, par un arrêté n° 2019-1515 du 31 juillet 2020, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D B, directrice de l'immigration et de l'intégration, signataire de la mesure d'éloignement litigieuse, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

10. En deuxième lieu, M. C a été mis à même, à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels il sollicitait la délivrance d'un titre de séjour et de faire valoir tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande et de s'opposer à son éloignement. Il n'établit pas qu'il n'aurait pas eu la possibilité, à cette occasion ou lors de l'instruction de sa demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utile ou de présenter toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu doit être écarté.

11. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 8, M. C ne peut exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire.

12. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.

13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, par un arrêté n° 2019-1515 du 31 juillet 2020, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D B, directrice de l'immigration et de l'intégration, signataire de la décision litigieuse, à l'effet de signer les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

15. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour interdire au requérant de retourner sur le territoire français et fixer à deux ans la durée de cette interdiction. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse manque donc en fait.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. / () / La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

17. Si M. C soutient qu'il réside en France depuis treize ans, il ressort des pièces du dosser qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement prise le 29 janvier 2010. Par ailleurs, hormis la présence de son frère, il ne justifie pas avoir tissé des liens personnels d'une ancienneté et d'une intensité telles que la décision d'interdiction porterait une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale. Par suite, et alors même que le comportement du requérant ne constituerait une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni n'a fait une inexacte application des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, en prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 août 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Gauchard, président,

- Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

- M. Guiral, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.

Le rapporteur,

S. Guiral

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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