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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202314

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202314

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantBOUDRICHE LYDIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2022, M. B D, représenté par Me Boudriche, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler une carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

L'arrêté attaqué :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

- sont entachées d'incompétence ;

L'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français :

- sont entachées d'une erreur de droit, dès lors qu'elles se fondent seulement sur l'absence de prise de conscience de son passif judiciaire et d'élément démontrant son insertion ou l'existence d'un projet, que la qualification de menace à l'ordre public n'est pas justifiée au regard de la nature des infractions qui lui sont reprochées et que c'est à tort que lui a été reprochée une absence d'insertion ou une absence de projet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Boudriche, représentant M. D.

Une note en délibéré, enregistrée le 6 avril 2023, a été présentée pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant tunisien né en 1997, a sollicité le 1er août 2019 la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 1er février 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Par la présente requête, il demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C E, préfet de la Seine-Saint-Denis à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, non contestés, que M. D a été condamné le 8 novembre 2017 à six mois d'emprisonnement par le tribunal de grande instance de Paris pour conduite d'un véhicule sans permis, récidive de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, le 17 octobre 2017, à 80 jours amende à 10 euros à titre principal, par le tribunal correctionnel de Bobigny, pour refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, conduite d'un véhicule sans permis (récidive) et récidive de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, le 6 juillet 2017, à six mois d'emprisonnement avec sursis, par le tribunal correctionnel de Bobigny, pour extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien, le 9 juin 2017 à 70 heures de travaux d'intérêt général à accomplir dans un délai d'un an et six mois à titre principal, fixe à deux mois maximum la durée de l'emprisonnement encouru en cas de non-respect des obligations ou interdictions résultant de la ou des peines prononcées, par le tribunal de grande instance de Bobigny, pour conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, usage illicite de stupéfiants. En outre, l'intéressé est connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires pour dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui le 6 août 2020, le 10 février 2020 pour conduite d'un véhicule sans permis, le 17 janvier 2020 pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance et le 13 novembre 2019, pour récidive de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes, classées comme stupéfiants. Eu égard à la gravité de ces faits, dont certains sont récents, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a estimé que le comportement de M. D constituait une menace à l'ordre public.

5. En troisième lieu, si M. D se prévaut de sa présence continue sur le territoire français depuis son entrée en France alors qu'il était mineur, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, non contestés, qu'il est célibataire et sans enfant. En outre, si l'intéressé justifie avoir été inscrit au sein d'une mission locale, en 2016, pour la mise en place d'un parcours d'insertion professionnelle et avoir exercé plusieurs emplois, pendant quelques mois, de 2017 à 2019, il n'établit ni même n'allègue exercer une activité professionnelle ou disposer d'un projet professionnel à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, eu égard à la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France de M. D, alors même que ses parents et sa fratrie résident en France, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en prenant l'arrêté attaqué, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels il a été pris. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté attaqué n'est pas davantage entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 1er février 2022. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

J. Jimenez

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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