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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202343

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202343

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantLUBELO-YOKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2022, M. C, représenté par Me Lubelo-Yoka, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

­ la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour est entachée d'une erreur de droit, le préfet n'étant pas lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

­ elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

­ la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

­ elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 10 mai 2022 a fixé la clôture d'instruction au 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

­ le rapport de M. Doyelle, premier conseiller,

­ les observations de Me Lubelo-Yoka, avocat, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais né en 1974, a sollicité, le 28 juin 2020, le renouvellement d'une carte de séjour temporaire pour raisons de santé. Le requérant demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 11 janvier 2022 qui rejette sa demande.

Sur la décision concernant le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an ; () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / () ".

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait cru lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) rendu sur la situation de M. B. Dès lors, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

4. En second lieu, le requérant soutient qu'il est suivi dans un service de pneumologie depuis l'année 2003 pour plusieurs pathologies, à savoir un asthme allergique nécessitant une surveillance, un syndrome d'apnées du sommeil sévère, un diabète non insulino-dépendant, une obésité morbide, une hypertension artérielle et une dyslipidémie. Il ajoute que l'accès aux médicaments dont il a besoin n'est pas facile en République démocratique du Congo. Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que les médicaments qui sont prescrits à M. B, selon les ordonnances médicales d'un médecin de l'hôpital Saint-Louis, ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine. À cet égard, le requérant ne saurait se fonder valablement sur une seule étude du 21 novembre 2021 de l'Organisation mondiale de la santé concernant le diabète en Afrique, qui mentionne de manière générale que la moitié des personnes diagnostiquées ne sont pas en mesure de demander des soins pour des raisons personnelles ou économiques, pour justifier qu'il ne pourrait pas lui-même bénéficier de soins en République démocratique du Congo et notamment de médicaments pour le traitement de son diabète. Dans ces conditions, le requérant n'apporte pas suffisamment d'éléments de nature à contredire l'avis du collège des médecins de l'OFII du 9 novembre 2021 sur lequel se base le préfet de la Seine-Saint-Denis pour considérer qu'il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte du point précédent que le requérant n'est pas fondé à contester la décision l'obligeant à quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. Le requérant fait valoir qu'il partage une vie commune et stable avec une compatriote titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 20 décembre 2025, qu'ils ont contracté un mariage coutumier à Khinshasa le 8 août 2009 puis, dans la même ville, un mariage civil le 4 octobre 2019, et qu'il a participé à la vie scolaire des quatre enfants de son épouse. Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que M. B et son épouse formeraient une communauté de vie, alors qu'à l'exception de l'acte de mariage, toutes les pièces produites, à savoir des avis d'imposition, une attestation d'hébergement et des certificats de scolarisation des enfants, dont trois sont majeurs à la date de la décision attaquée, se réfèrent aux années 2009 à 2016 antérieures de plus de cinq années à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, la décision préfectorale n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à critiquer la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte des points 5 et 9 que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 11 janvier 2022. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, celles aux fins d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le rapporteur,Le président,SignéSignéG. DoyelleC. Tukov La greffière,SignéM. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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