mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2202366 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | PATUREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 février 2022, M. B A, représenté par Me Patureau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire et d'un défaut de motivation ;
il est entaché d'une erreur de droit quant au décompte de son ancienneté de séjour sur le territoire français, d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit quant à son fondement juridique et d'une erreur d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Une ordonnance du 11 mai 2022 a fixé la clôture d'instruction au 13 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique ;
le rapport de M. Doyelle, premier conseiller,
les observations de Me Desouches, avocate, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né en 1988, a sollicité, le 12 mai 2021, une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle. Le requérant demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination vers lequel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
2. En premier lieu, par arrêté n° 2021-2400 du 16 septembre 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du lendemain, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E D, en charge de refus de séjour et des interventions, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration et du chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, pour signer notamment les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire, fixation du délai de départ et interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans un délai de trente jours des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
4. En l'espèce, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne notamment la situation professionnelle, personnelle et familiale sur le territoire français de M. A. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "
6. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner notamment si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer en l'espèce des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A réside habituellement sur le territoire français depuis le premier semestre de l'année 2017, soit depuis près de cinq ans à la date de la décision attaquée, que, selon un contrat à durée indéterminée conclu le 15 juillet 2017, ainsi qu'un avenant à ce contrat daté du 1er janvier 2018 et une attestation de concordance de l'employeur du 9 mai 2021, M. A est employé à temps complet depuis le 15 juillet 2017 en qualité de plongeur, puis de responsable plongeur, dans le secteur de la restauration, et que l'intéressé est célibataire sans charge de famille. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait des attaches familiales en France dans la mesure où les actes de naissance du frère et de la sœur dont il se prévaut mentionnent des parents différents des siens. Enfin, le requérant ne fait état d'aucune insertion sociale particulière en France. Au contraire, nonobstant le fait que le préfet ne retient pas l'existence d'une menace pour l'ordre public, il est relevé que M. A a fait l'objet d'un rappel à la loi le 21 juin 2019 pour avoir falsifié un titre de séjour et une carte vitale en vue de constater un droit, une identité ou une qualité ou accorder une autorisation au préjudice de la société. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, notamment d'une ancienneté de séjour relativement récente, en dépit d'une certaine expérience professionnelle, la situation de M. A ne répond pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle et d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions préfectorales sur sa situation personnelle doivent être écartés.
8. En quatrième lieu, le requérant soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur de droit en ne prenant pas en compte son ancienneté de séjour sur le territoire français antérieure au terme du délai d'exécution d'une précédente mesure d'éloignement du 21 juin 2019. Comme il a été dit au point précédent, M. A réside habituellement sur le territoire français depuis l'année 2017, de telle sorte qu'à la date de la décision attaquée, la durée de son séjour qui est d'environ cinq années était encore relativement récente. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris une décision différente s'il avait pris en compte l'intégralité de l'ancienneté de séjour de l'intéressé en France. Dès lors, l'erreur de droit que le préfet a commise est sans incidence sur la décision qu'il a prise.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
10. En l'espèce, comme il a été dit au point 7, il ne ressort des pièces du dossier ni que M. A, qui est célibataire et sans personne à charge, disposerait d'attaches familiales sur le territoire français, notamment un frère et une sœur, alors qu'en tout état de cause, il ne démontre nullement la nécessité de rester auprès d'eux, ni qu'il aurait tissé des liens amicaux ou sociaux en France, sachant qu'il a par ailleurs vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Il s'ensuit que la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et que le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait ainsi lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, notamment celui mentionné à l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
11. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
12. Le requérant soutient, d'une part, que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait dû fonder la décision l'interdisant de retour sur le territoire français sur les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, qu'il n'a exercé aucun contrôle de proportionnalité en basant cette décision sur la seule non-exécution d'une précédente mesure d'éloignement. D'une part, il ressort de l'arrêté attaqué, notamment de ses visas, que la décision d'interdiction de retour est fondée sur les articles susmentionnés du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, nonobstant le fait que le préfet ait indiqué que M. A est connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires et qu'il n'a fait valoir aucune circonstance humanitaire. D'autre part, il ressort également de la décision attaquée qu'en vue de prononcer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet a non seulement apprécié la situation de M. A au regard de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement mais il a également relevé, notamment, que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille et qu'il ne peut se prévaloir d'une longue présence sur le territoire français. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de base légale et du défaut d'appréciation de sa situation doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 11 janvier 2021. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Tukov, président,
Mme Van Maele, première conseillère,
M. Doyelle, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
Le rapporteur,Le président,SignéSignéG. DoyelleC. Tukov La greffière,SignéM. C
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026