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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202405

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202405

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantCHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 février 2022, M. C B, représenté par Me Charles, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru à tort lié par l'avis de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère rejetant sa demande d'autorisation de travail ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le préfet ne l'a pas informé de l'absence de réponse de son employeur dans le cadre du traitement de la demande d'autorisation de travail, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 septembre 2022 :

- le rapport de Mme D ;

- et les observations de Me Charles, représentant le requérant.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 23 juillet 1989, demande l'annulation de l'arrêté du 4 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour présentée au titre de l'admission exceptionnelle sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 435-1, et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que pour refuser de délivrer à M. B la délivrance du titre de séjour mention " salarié " qu'il sollicitait sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, repris à l'article L. 435-1 de ce code, le préfet de la Seine-Saint-Denis, après avoir relevé que la demande d'autorisation de travail présentée par l'intéressé a fait l'objet d'un rejet par la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère le 3 septembre 2021, la demande de pièces complémentaires n'ayant pu être adressée à son employeur dans la mesure où la société été fermée, a estimé que l'intéressé ne remplissait pas les conditions de l'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Il ressort toutefois des pièces du dossier et il n'est pas contesté que M. B a informé les services de la préfecture, par courriel du 14 septembre 2021, que la société pour laquelle il travaillait a été transférée à un nouvel employeur qui a repris son contrat de travail. Dans ces conditions, en se bornant à constater le rejet de sa demande d'autorisation de travail, sans procéder à un examen particulier de la situation de M. B et notamment de ses qualifications, de son expérience et de ses diplômes, ainsi que des caractéristiques de l'emploi auquel il postulait, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché d'un défaut d'examen la décision par laquelle il a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. B au titre du travail.

3. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 janvier 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de M. B. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de ce réexamen, de délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour à M. B, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés à l'instance par M. B, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 janvier 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente de sa décision, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. D

Le président,

Signé

C. Tukov La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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