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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202434

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202434

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202434
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 5 septembre 2022, Mme C A, représentée par Me Patureau, doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous la même condition d'astreinte;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision :

- est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les dispositions de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ces nouvelles dispositions n'imposent plus la comparution personnelle du demandeur en préfecture. A supposer l'existence d'une telle exigence, elle a été mise dans l'impossibilité de présenter sa demande en préfecture compte-tenu de l'absence de rendez-vous disponible sur l'application de prises de rendez-vous en ligne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au non-lieu à statuer de la requête.

Il soutient qu'il a expressément rejeté la demande de Mme A par une décision du 30 août 2022, et qu'il n'y a, dès lors, plus d'objet à la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Tukov, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique du 20 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante chinoise née en 1993, a sollicité, par un courrier en préfecture reçu le 27 juin 2021, la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de l'arrêté du 30 août 2022, intervenu en cours d'instance, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a expressément rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur la fin de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

2. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code () ". Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture () ".

3. Il résulte des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, pour introduire valablement une demande de titre de séjour, il est nécessaire, sauf si l'une des exceptions définies par ces dispositions est applicable, que les intéressés se présentent physiquement à la préfecture. L'absence de comparution personnelle du demandeur n'a toutefois pas pour effet de retirer la qualité de demande à une démarche réalisée par la voie postale. A défaut de disposition expresse en sens contraire, une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en méconnaissance de la règle de présentation personnelle du demandeur en préfecture fait en effet naître, en cas de silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois, délai fixé par l'article R. 432-2 du même code, une décision implicite de rejet susceptible d'un recours pour excès de pouvoir. En l'espèce, une décision implicite est ainsi née du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur la demande de titre de séjour de Mme A présentée par lettre recommandée reçue le 2 juin 2021.

4. Cependant, par un arrêté du 30 août 2022, intervenu en cours d'instance, le préfet de la Seine-Saint-Denis a expressément rejeté la demande de titre de séjour de Mme A au motif qu'elle a été effectuée par voie postale. Comme il a été dit au point 1, Mme A demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de cette décision, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet précédemment née du silence gardé par le préfet sur celle-ci dont elle demandait initialement l'annulation. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'est donc pas fondé à faire valoir, en défense, que la requête serait irrecevable, ni qu'il n'y aurait plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

5. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les articles R. 431-2 et R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et indique le motif sur lequel le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A, à savoir la présentation de la demande par voie postale et non sur place en préfecture, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, la nouvelle rédaction de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issue du décret n° 2021-313 du 24 mars 2021, n'a pas remis en cause la règle de la présentation personnelle en préfecture pour le dépôt des demandes ne figurant pas sur la liste mentionnée à l'annexe 9 de ce code. En l'espèce, il est constant que les demandes de titre de séjour effectuées sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 de ce code ne figurent pas sur la liste mentionnée à l'annexe 9. Par suite, en rejetant la demande de titre de séjour de Mme A au motif de sa présentation par voie postale, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une inexacte application des dispositions citées au point 2.

7. En troisième lieu, si la requérante soutient que l'insuffisance du nombre de rendez-vous proposés par la plateforme de prise de rendez-vous en ligne de la préfecture de la Seine-Saint-Denis l'a mise dans l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour, l'intéressée ne justifie pas avoir vainement tenté d'obtenir un rendez-vous en préfecture antérieurement à l'envoi de sa demande par voie postale.

8. En quatrième lieu, dès lors que la décision de refus de titre de séjour est fondée à bon droit sur la méconnaissance des règles de dépôt de la demande, Mme A ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de l'arrêté attaqué des moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 30 août 2022. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

C. Tukov

L'assesseure la plus ancienne,

S. Van Maele

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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