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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202611

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202611

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantKALAA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 16 février, 27 mai et 30 mai 2022, M. D A, représenté par Me Kalaa, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 décembre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse et de son fils ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'autoriser le regroupement familial sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public qu'il représente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entaché d'un défaut d'examen de sa situation au regard des dispositions des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une méconnaissance de ces dispositions ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît le 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, au motif que ses moyens sont infondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 5 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 4 octobre 2022.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, demande l'annulation de la décision du 24 décembre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de regroupement familial qu'il a présentée au profit de son épouse et de son fils.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes en outre de l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : 1° Un membre de la famille dont la présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ; / () ".

3. Il ressort de la lecture de la décision attaquée que, pour refuser de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. A, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est uniquement fondé sur la menace à l'ordre public que constitue la présence en France de l'intéressé eu égard à la circonstance que celui-ci a été condamné, par un jugement du tribunal judiciaire de Versailles, à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d' " usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation ", et de " détention frauduleuse de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation ", commis entre le 10 octobre 2016 et le 1er mars 2018. Cependant, d'une part, dès lors que M. A, qui est l'auteur de la demande de regroupement familial, s'est vu reconnaître un droit au séjour, le préfet ne pouvait se fonder, pour rejeter sa demande, sur le motif qu'il représenterait une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'est pas applicable au demandeur du regroupement familial, mais au seul bénéficiaire de la demande. D'autre part, les faits reprochés à M. A ne permettent pas de considérer, eu égard à leur nature, que le requérant ne se conforme pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, au sens de l'article L. 434-7 du même code. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. L'administration peut toutefois, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

5. Le préfet soutient dans son mémoire en défense que M. B ne justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille au sens du 1° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 2.

6. Aux termes de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7 [cité au point2], les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A bénéficie d'un contrat à durée indéterminée à temps plein conclu le 6 octobre 2016, en qualité de poseur de sol. Contrairement à ce que soutient le préfet, le requérant produit les bulletins de salaire afférents à cet emploi sur la période de douze mois précédant la date décision attaquée, dont il résulte que l'intéressé a perçu, entre le mois de décembre 2020 et le mois de novembre 2021, un salaire mensuel moyen de 1 264,75 euros net, supérieur à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance sur la même période de 1 234 euros net. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de substitution de motif présentée par le préfet de la Seine-Saint-Denis.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 24 décembre 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis autorise la demande de regroupement familial de M. A. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés à l'instance par M. A, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 décembre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de faire droit à la demande de regroupement familial de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. C

Le président,

Signé

C. Tukov La greffière,

Signé

N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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