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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202685

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202685

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantDUMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2022, Mme C A, représentée par Me Dumas, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Elle soutient que :

- l'arrêté porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 24 de la charte des droits fondamentaux ;

- la mesure est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. B, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 19 septembre 2022 à 11h :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Dumas pour Mme A, qui indique qu'elle est mère de trois enfants dont deux scolarisés ;

- les observations de Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 30 juillet 1987, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Mme A ne conteste pas son refus d'admission au séjour au titre de l'asile après le rejet de sa demande, mais indique que la décision attaquée ne se fonde pas sur la situation actuelle et réelle de sa situation familiale. Or, l'arrêté attaqué, non contesté sur ce point, précise, après avoir fait état de ce que Mme A a été invitée à indiquer si elle estimait pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre que l'asile dans les conditions prévues à l'article L. 431-2 du code précité, que l'intéressée n'a pas déposé de demande de titre de séjour dans le délai qui lui était imparti.

3. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Mme A soutient qu'elle est entrée en France le 25 mai 2017 avec son fils alors âgé de 5 ans mais ne le démontre pas. Elle indique vivre avec son compagnon, ainsi que ses deux jeunes enfants de 10 ans et 2 ans, et qu'elle était enceinte. Toutefois, elle n'apporte aucun élément relatif à son compagnon, et à ses deux derniers enfants. Elle se borne à produire des certificats de scolarité de 2018 à 2020 concernant un enfant dont le lien de filiation n'est pas établi. Elle n'apporte davantage pas de preuve sur la présence d'autres membres de sa famille en France ou de son intégration. Dans ces conditions, Mme A n'établit pas qu'elle a créé une vie privée en France telle que, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la décision du préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Par ailleurs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 [devenu L. 423-23] du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de la décision attaquée.

5. Aux termes de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt ". Il résulte de ce qui a été dit au point précédent, et notamment en l'absence de tout élément démontrant la scolarité ou le lien de filiation, que le moyen tiré de ce que le préfet, en obligeant Mme A à quitter le territoire français, aurait méconnu les stipulations de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

6. Il ne ressort par des pièces du dossier que le préfet aurait pris une mesure disproportionnée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2022 doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

E. B

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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