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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202723

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202723

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantNOVEMBER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

F une requête enregistrée le 18 février 2022, Mme D, représentée F

Me Traoré, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2022 F lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au le préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros F jour de retard ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros F jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

F un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés F Mme D ne sont pas fondés.

F une ordonnance du 17 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

19 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante tanzanienne, née le 20 septembre 1996, est entrée en France le 1er octobre 2019, en vue d'y poursuivre des études supérieures, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa d'installation de type D, valable jusqu'au 13 septembre 2020. Elle a été titulaire d'un titre de séjour " pluriannuel " portant la mention " étudiant " valable du

14 septembre 2020 au 13 novembre 2021. Mme D a sollicité le 19 septembre 2021 le renouvellement d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. F un arrêté du 20 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la reconduite. MMe D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an ()" ; aux termes de l'article R. 433-1 du même code : " L'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue à satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée F arrêté annexé au présent code ".

3. Pour justifier sa décision de refus de renouvellement du titre de séjour de Mme D, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le fait que la formation visant à améliorer son niveau de maîtrise de la langue française à laquelle la requérante s'est inscrite pour l'année 2021-2022 ne débouche pas sur l'obtention d'un diplôme et ne traduit pas de suite logique dans son cursus universitaire après l'obtention, au mois d'octobre 2021, d'un " Master Science Urban Agriculture et Green Cities ", et qu'ainsi, l'intéressée ne peut plus se prévaloir des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme D fait valoir, au soutien de ses conclusions, que l'amélioration de son niveau en langue française est indispensable pour mener à bien son projet de s'inscrire en doctorat afin de poursuivre les études qu'elle a validées F un master qui, obtenu le

5 octobre 2021, a été intégralement dispensé en langue anglaise ainsi qu'il ressort des pièces versées au dossier. Mme D produit également un certificat d'inscription à l'Institut privé d'enseignement supérieur Campus Langues attestant de son inscription en cours de français du 30 août 2021 au 30 août 2022, permettant de constater qu'elle entend réellement parfaire sa connaissance du français. En outre, aux termes d'une attestation délivrée le 15 février 2022, la responsable pédagogique de cet Institut certifie que Mme D maîtrise encore mal le français et lui recommande " fortement de poursuivre son apprentissage de la langue " pour " poursuivre son projet de vie (doctorat et travail) ". Alors qu'aucun élément du cursus suivi F l'intéressée ne révèle une absence de cohérence dans ses études, Mme D est fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision de refus de renouvellement du titre de séjour mention " étudiant " d'une erreur d'appréciation en estimant que son parcours d'enseignement supérieur manque de cohérence. Dès lors, il y a lieu d'annuler l'arrêté en litige dans son ensemble.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Il y a lieu, sous réserve d'un changement de circonstances, F application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme D une carte de séjour temporaire mention étudiant, dans un délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. Il y a lieu d'admettre provisoirement Mme D à l'aide juridictionnelle. F suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Traore, avocat de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Traore de la somme de 1000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à

Mme D F le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1000 euros sera versée à

Mme D.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 20 janvier 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, sous réserve d'un changement de circonstances, de délivrer à Mme D un titre de séjour portant la mention "étudiant" dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3: Sous réserve de l'admission définitive de Mme D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Traore renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Traore, avocat de Mme D, une somme de 1000 (mille) euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article

37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à

Mme D F le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1000 (mille) euros sera versée à Mme D.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au préfet de la Seine-Saint-Denis .

Délibéré après l'audience du 17 juin 2022 , à laquelle siégeaient :

Mme Hermann Jager, présidente rapporteure

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public F mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La présidente rapporteure,

Signé

V. Hermann A

L'assesseur le plus ancien,

Signé

M. C

Le greffier,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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