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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202838

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202838

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantLEFEVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2022, M. C E, représenté par Me Lefevre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder, dans le même délai et sous la même astreinte, au réexamen de sa situation, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 juin 2022 à 12 h par une ordonnance du

17 mai 2022.

Un mémoire en défense a été enregistré le 5 octobre 2022 pour le préfet de la Seine-Saint-Denis, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Bobigny en date du 29 novembre 2021 admettant M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Bouttemont,

- les observations de Me Lefevre représentant M. E, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, de nationalité algérienne né le 30 mars 1980, a sollicité le 1er octobre 2020 son admission exceptionnelle au séjour. Il demande l'annulation de l'arrêté en date du

18 décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblable à celles existant dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Ainsi, il lui appartient, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France le 16 avril 2015 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour avec son épouse et sa fille, née en 2011. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français avec sa famille à l'expiration de son visa. S'il fait valoir que l'état de santé de sa fille aînée, qui souffre de surdité bilatérale, nécessite son maintien sur le territoire français, il n'est toutefois pas établi qu'elle ne pourrait bénéficier d'une prise en charge adaptée dans son pays notamment pour sa scolarité. Il n'est pas davantage fait état d'obstacle s'opposant à la poursuite de la scolarité en Algérie de son fils, né sur le territoire français le 1er décembre 2016 et inscrit pour l'année 2021-2022 en grande section de maternelle. Il n'est également pas établi que son épouse qui a subi en septembre 2019 une exérèse d'un méningiome de classe 1, ne pourrait suivre en Algérie les soins de surveillance désormais nécessaires pour sa pathologie. Enfin, M. E, qui fait valoir une activité professionnelle exercée de 2015 à 2021 dans le bâtiment, ne justifie toutefois pas suffisamment, eu égard au nombre de versements limités sur son livret A par année et à leur montant, de son insertion professionnelle sur le territoire français. Par ailleurs, l'intéressé n'est pas dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans et où la cellule familiale peut se reconstituer, son épouse étant également en situation irrégulière sur le territoire français. Eu égard à ces éléments, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que M. E ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou de circonstances humanitaires de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour en France.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 3, la cellule familiale pouvant se reconstituer dans le pays d'origine, les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, ces décisions ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. E.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 3, et notamment en l'absence d'obstacle à la poursuite de la scolarité en Algérie et à la circonstance que la cellule familiale peut s'y reconstituer, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 18 décembre 2020 contesté. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

La rapporteure,La présidenteSigné Signé Mme de BouttemontMme DLa greffière,Signé Mme A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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