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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2202867

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2202867

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2202867
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantDODIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 février, 7 mars et 16 novembre 2022, M. B D A, représenté par Me Dodier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 511-4 2°, 10° et L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Le bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny a admis

M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2021.

Par une ordonnance du 17 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

17 novembre 2022 à 12h.

Vu les autres pièces du dossier, les pièces complémentaires enregistrées le 30 novembre 2022 pour le requérant n'ayant pas été communiquées.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Dodier, représentant M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant , est entré en France le 1986 selon ses déclarations. Le 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de son état de santé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-11 11° alors en vigueur. Par un arrêté du 11 février 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : [] 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article L.313-3 du même code : " La carte de séjour temporaire ou la carte de séjour pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusée ou retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

3. Il est constant que l'état de santé de M. A qui souffre d'une schizophrénie paranoïde nécessite une prise en charge médicale dont le défaut aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne peut bénéficier effectivement, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Haïti, de soins appropriés dans son pays d'origine, comme le mentionne l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 31 janvier 2020 et ainsi que le relève le préfet de la Seine-Saint-Denis.

4. S'il est reproché à M. A de constituer par son comportement une menace pour l'ordre public motivant ainsi le rejet de sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé en France à l'âge de sept ans au titre du regroupement familial, a été scolarisé et que s'il a commis de multiples infractions ayant donné lieu à des condamnations pénales, les faits délictueux correspondaient alors à une période d'errance de l'intéressé, sans domicile fixe, en rupture avec sa famille, au cours de laquelle il n'a bénéficié d'aucune prise en charge de sa pathologie mentale, à l'origine de son comportement, et que sa dernière condamnation remonte à l'année 2013, avant sa prise en charge médicale. Les attestations de ses proches avec lesquelles les liens ont été renoués, sa mère titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, sa sœur française, font état de l'amélioration de son état de santé et de son comportement depuis sa prise en charge et le suivi régulier assuré par un médecin psychiatre et le soutien apporté par des associations. Son médecin psychiatre fait état, de sa nette progression et par des attestations du 8 novembre 2019 et du 16 février 2022, de l'évolution favorable de son état de santé, de son comportement et de son insertion dans la société depuis qu'il bénéficie d'un encadrement et d'un traitement régulier. Eu égard à ces éléments, le motif tiré de la menace à l'ordre public retenu par le préfet de la Seine-Saint-Denis dans la décision contestée n'est pas, dans les circonstances de l'espèce, de nature à justifier la mesure de rejet de la demande de l'intéressé en qualité d'étranger malade.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A, lequel justifie suffisamment de son état civil et de sa nationalité par l'attestation du consulat général d'Haïti à Paris du

28 décembre 2017 versée au dossier, est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché la décision contestée d'une erreur d'appréciation en estimant que le requérant représentait une menace à l'ordre public. Il y a lieu, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'annuler cette décision ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard au motif de l'annulation, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer un titre de séjour à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige:

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner, dans les conditions prévues à l'article 75, la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à une somme au titre des frais que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Il peut, en cas de condamnation, renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre le recouvrement à son profit de la somme allouée par le juge ".

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Dodier, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement à cet avocat de la somme de 1 000 euros, au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 11 février 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. A un titre de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Dodier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Dodier, avocat de M. A, une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

Mme Renault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,L'assesseure la plus ancienne,Signé Signé M. CM. de BouttemontLa greffière,Signé A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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