mercredi 10 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2203035 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | WEINBERG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 février 2022 et 12 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence est entachée d'un défaut de motivation, et d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation particulière ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait en indiquant que son épouse et son frère étaient en situation irrégulière, et que sa mère résiderait en Algérie ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des stipulations de l'alinéa 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 3 mars 2023 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Khiat, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité algérienne, né le 4 mars 1979 à Akbou (Algérie), est entré en France le 11 août 2018 muni d'un visa de court séjour expirant le 23 août 2018. Il a sollicité, le 23 juin 2021, la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " sur le fondement de l'accord franco-algérien et subsidiairement au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 24 janvier 2022, dont le requérant demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, la décision refusant la délivrance d'un certificat de résidence à
M. B, qui n'avait pas à rendre compte de l'ensemble des éléments de fait caractérisant sa situation, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il ressort en outre de ses motifs que le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des stipulations du
5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, dès lors qu'il ne justifie pas avoir présenté sa demande sur ce fondement et que le préfet ne l'a pas examiné d'office.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-algérien : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".
5. Pour rejeter la demande de délivrance de certificat de résidence présentée par
M. B sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien, le préfet de la
Seine-Saint-Denis a relevé qu'il n'a pas produit le contrat de travail exigé par la réglementation en vigueur, ni le certificat médical obligatoire qu'il aurait dû obtenir en Algérie auprès d'un médecin agréé par le consulat de France compétent, et également estimé, en tout état de cause, que la présentation de documents afférents à une activité de plombier exercée de manière discontinue depuis mai 2019 sans autorisation ne saurait lui ouvrir droit au séjour au titre du travail. En se bornant à soutenir qu'il justifie d'une insertion professionnelle aboutie comme plombier-chauffagiste depuis 2019, M. B ne justifie pas remplir les conditions prévues par les articles 7 b) et 9 de l'accord franco-algérien. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait une inexacte application des stipulations précitées des articles 7 b) et 9 de l'accord franco-algérien en refusant de lui délivrer un certificat de résidence.
6. En quatrième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Dès lors, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Dès lors, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de ces dispositions.
7. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Ainsi, il lui appartient, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
8. En outre, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
9. M. B réside en France seulement depuis août 2018. Il est constant que
M. B a rejoint en France son épouse avec laquelle il s'est marié en Algérie en 2006 et avec laquelle il a eu deux enfants nés également en Algérie en 2009 et en 2014. Si le préfet a relevé que l'épouse de M. B était en situation irrégulière, alors que celle-ci est, à l'instar de son époux, uniquement titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour depuis le 22 juin 2021, il résulte de l'instruction que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris la même décision s'il ne s'était pas mépris sur ce point. Il ressort des pièces du dossier que les enfants de M. B sont scolarisés en France depuis leur entrée sur le territoire en 2017. Leur réussite scolaire et leur niveau d'intégration dans la société française, dont le requérant se prévaut, ne permettent pas de conférer à ce dernier un droit au séjour. Si le préfet a relevé à tort que le frère de M. B résidait en France en situation irrégulière, cet élément ne permet en tout état de cause pas de démontrer que l'intéressé a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux, de sorte que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas mépris sur ce point. Si, en outre, le requérant soutient que sa mère réside non en Algérie mais en Tunisie avec son conjoint depuis le décès du père de M. B survenu en 1994, il ne l'établit pas. Enfin, ni la présence en France de quatre frères et sœurs et son épouse, deux ayant la nationalité française et deux étant en situation régulière, ni l'attestation dressée par une amie du couple ne permettent de démontrer que
M. B a établi sa vie privée et familiale en France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B a commencé à travailler à partir de mai 2019 comme plombier pour la société PCC IDF au titre d'un contrat à durée indéterminée depuis septembre 2021 moyennant une rémunération mensuelle nette de 2 250 euros. Cependant, cette expérience professionnelle débutée récemment ne reflète pas une insertion socio-professionnelle significative sur le sol français. De surcroît, l'expérience passée d'agent d'animation sur les temps périscolaires de novembre 2017 à juillet 2018 pour la commune de Neuilly-Plaisance occupée par son épouse ainsi que le projet de cette dernière de rejoindre le barreau de Paris grâce à son diplôme d'avocate obtenu en Algérie en 2008 ne reflètent pas une intégration socio-professionnelle probante sur le sol français. Dans ces conditions, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de M. B, qui s'est constituée en Algérie, se reconstitue dans ce pays, dont son épouse et leurs enfants ont la nationalité. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de M. B en France, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, les décisions lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence et l'obligeant à quitter le territoire français n'ont pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. De même, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la
Seine-Saint-Denis a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
10. En cinquième et dernier lieu, le moyen tiré de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français à raison de celle de la décision de refus de séjour, dont il n'est pas démontré qu'elle serait entachée d'illégalité, ne peut qu'être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination à raison de celle de l'obligation de quitter le territoire français.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la
Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 19 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Michel Romnicianu, président,
Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,
M. Youssef Khiat, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.
Le rapporteur,
Y. Khiat
Le président,
M. C
La greffière,
S. Le Bourdiec
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026