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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203060

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203060

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2022, Mme B A épouse C, représentée par Me Pierre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- c'est à tort que le préfet a considéré que ses parents résidaient en Algérie, dès lors qu'ils résident en Espagne ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 6.5) de l'accord

franco-algérien ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Pierre substituée par Me Grolleau, représentant

Mme A épouse C.

Le préfet n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse C, ressortissante algérienne née le 27 juillet 1979, est entrée en France le 12 septembre 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 28 juin 2021, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 25 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

Mme A épouse C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, les décisions attaquées visent les textes dont elles font application, notamment les stipulations et dispositions applicables de l'accord franco-algérien, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles comportent également les considérations de fait qui en constituent le fondement, et mentionnent notamment que Mme A est mariée avec un compatriote qui a demandé le renouvellement de son titre de séjour délivré pour raisons de santé, que le couple a un enfant et que les parents et quatre membres de la fratrie de Mme A épouse C vivent toujours en Algérie. Par suite, ces décisions sont suffisamment motivées, et ces motivations révèlent un examen personnalisé de la situation de l'intéressée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention [] "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 [] ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant et doit être écarté.

4. En troisième lieu, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet a examiné la demande de titre de séjour présentée par Mme A épouse C à la fois au titre de son pouvoir de régularisation et au titre du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale est délivré de plein droit () 5) au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une astreinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

6. Mme A épouse C se prévaut de sa présence en France depuis l'année 2017 ainsi que de celle de son époux, de nationalité algérienne, titulaire d'une carte de résident délivrée pour raisons médicale valable jusqu'au 4 février 2022, dont il a demandé le renouvellement, de celle leur enfant, scolarisé en classe de 5ème à la date de la décision attaquée, et de celle de plusieurs membres de sa famille, son frère étant de nationalité française. Toutefois, Mme A épouse C ne justifie d'aucune intégration particulière dans la société française, ni d'une insertion professionnelle. En outre, alors que le titre de séjour de son époux, délivré pour motifs médicaux, expirait un mois après la date de la décision attaquée et n'a au demeurant pas été renouvelé, et que les cancers dont il est atteint sont en rémission, la requérante ne fait état d'aucune circonstance qui ferait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstruise en Algérie, pays dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans et où elle n'établit pas être dépourvue de toute attache personnelle, dès lors qu'elle ne conteste pas les mentions de l'arrêté attaqué selon lesquelles des membres de sa fratrie y résident. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6 § 5 de l'accord franco-algérien, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

8. Alors que la requérante ne fait valoir aucun obstacle à ce que la cellule familiale qu'elle constitue avec son époux et leur enfant se reconstruise dans leur pays d'origine, ni n'allègue que ce dernier ne pourrait pas poursuivre sa scolarité en Algérie, pays dans lequel il est né, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, si la requérante soutient que c'est à tort que le préfet a relevé que ses parents résidaient en Algérie, dès lors qu'ils résident en Espagne, et produit leurs permis de résidence espagnols, celui de son père étant toutefois expiré, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme A épouse C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

La rapporteure,

N. E

Le président,

M. D

La greffière,

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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