mercredi 10 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2203147 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | PIERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 février 2022 et 16 janvier 2023,
M. D B, représenté par Me Pierre, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant le jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
4°) en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ; à défaut de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que le médecin ayant émis l'avis médical transmis au collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas siégé au sein de ce collège ;
- il appartient au préfet de rapporter la preuve que la délibération du collège de médecins de l'OFII était collégiale en établissant que l'avis comporte leur signature authentifiée ;
- la décision de refus de séjour a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny en date du 21 mars 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, le préfet de la
Seine-Saint-Denis sollicite le rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive et donc irrecevable ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 3 mars 2023 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Khiat, conseiller,
- les observations de Me Pierre substitué par Me Grolleau pour M. B, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 16 juillet 1989 à Kayes (Mali), déclare être entré irrégulièrement en France en 2011. Il s'est vu délivrer des titres de séjour pour raisons médicales sur les périodes allant du 4 décembre 2014 au 3 décembre 2015, du 11 janvier 2016 au 10 janvier 2017,
du 6 mars 2017 au 5 mars 2018, du 28 décembre 2018 au 27 décembre 2019 et du 15 mai 2020 au 14 mai 2021. Il a sollicité, le 2 août 2021, le renouvellement de son titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 décembre 2021, dont le requérant demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sa demande tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.
Sur les conclusions de la requête :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêtés du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". L'article R. 425-12 de ce code dispose : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou 'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité, le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège des médecins le rapport médical (). " Enfin, aux termes de l'article
R. 425-13 du même code : " Le collège de médecins à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège est, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. (). ".
4. Il ressort clairement des mentions de l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 8 novembre 2021, joint à l'arrêté préfectoral litigieux, que le collège s'est prononcé au vu du rapport du médecin instructeur, M. A C, qui n'a pas siégé au sein de ce collège lorsqu'il a délibéré sur la situation de M. B. En outre, la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant : () " fait foi du caractère collégial de la délibération jusqu'à preuve du contraire, qui n'est pas apportée par le requérant. Il suit de là que les moyens tirés de l'irrégularité de l'avis de l'OFII manquent en fait et doivent, par suite, être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
6. Pour refuser à M. B le renouvellement du titre de séjour dont il bénéficiait, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du
8 novembre 2021 selon lequel, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité,
celui-ci peut néanmoins bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel son état de santé lui permet de voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que
M. B souffre d'une schizophrénie paranoïde ayant conduit depuis 2013 à six hospitalisations dont trois sous contrainte pour des décompensations délirantes, ainsi que par ailleurs de l'hépatite B. Il ressort des éléments médicaux produits à l'instance que, s'agissant de sa pathologie psychiatrique, le traitement de M. B comprend un neuroleptique, le Trivecta (dont la substance active est le paliperidone), et deux thymorégulateurs, à savoir le Depakine (valproate de sodium) et le Lepticur (tropatepine). Si le requérant indique également que le Movicol fait partie de sa prise en charge, ce traitement symptomatique de la constipation est, ainsi que le fait valoir le préfet sans être contredit, disponible au Mali. La liste des médicaments essentiels disponibles au Mali établie en 2019, dont le requérant se prévaut, mentionne, au titre des médicaments des troubles psychotiques, le valproate de sodium et le tropatepine. En outre, ainsi que le fait valoir le préfet, sans être contredit sur ce point précis, le paliperidone, substance active du Trivecta, a pour principe actif le métabolite actif de la risperidone, molécule disponible au Mali d'après la même liste des médicaments. Si le requérant soutient, en revanche, que le médicament Xeplion, antipsychotique composé de la molécule de paliperidone, n'est pas disponible au Mali, le directeur de la pharmacie et du médicament du ministère de la santé malien daté du 12 octobre 2021 indiquant que le médicament Xeplion n'avait pas obtenu d'autorisation de mise sur le marché au Mali, dont il se prévaut, ne permet pas d'établir que la molécule risperidone ne serait pas disponible au Mali. Enfin, ni les considérations générales développées par le requérant sur la prise en charge des maladies psychiatriques au Mali ni les certificats médicaux datés des 11 et 27 janvier 2022 rédigés en des termes très généraux sur l'indisponibilité du traitement ne permettent pas plus d'établir que le traitement de la schizophrénie paranoïde dont M. B est atteint serait indisponible au Mali. S'agissant de l'hépatite B, M. B ne fait état d'aucun traitement qui ne serait pas disponible au Mali. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Si M. B soutient résider en France depuis son entrée en 2011, il ne le justifie pas par les pièces produites à l'instance. Il est célibataire et sans charges de famille. Si son père réside en France en situation régulière, cette circonstance ne permet pas, à supposer même que l'attestation datée du 11 janvier 2022, postérieure à l'arrêté en litige, permette d'établir que son père pourvoit à ses besoins, de démontrer ni que M. B a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France ni qu'il est dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. Enfin, M. B ne justifie d'aucune intégration socio-professionnelle sur le sol français. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de M. B en France, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, la décision en litige n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle du requérant.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 19 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Michel Romnicianu, président,
Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,
M. Youssef Khiat, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.
Le rapporteur,
Y. Khiat
Le président,
M. E
La greffière,
S. Le Bourdiec
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026