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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203252

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203252

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203252
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre (J.U)
Avocat requérantSELARL SAMSON & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 février 2022 et 13 avril 2022, M. C B, représenté par la SELARL Samson et Weil, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions des 14 décembre 2012 (3 points), 5 avril 2013 (1 point), 20 avril 2013 (4 points), 10 juin 2013 (3 points), et 2 janvier 2020 (4 points).

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points ne lui ont jamais été notifiées ;

- il n'a pas reçu l'information prévue par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route préalablement aux retraits de points consécutifs aux infractions des 14 décembre 2012, 5 avril 2013, 20 avril 2013, 10 juin 2013, et 2 janvier 2020.

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut, d'une part au non-lieu à statuer partiel, et d'autre part, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises les 6 août 2013, 12 février 2019, 3 mars 2019, et 20 mars 2019 ne donnent plus lieu à retrait de points ;

- les mentions relatives aux infractions des 15 octobre 2018 et 8 novembre 2018 ont été supprimées du relevé intégral d'information ;

- le point retiré consécutivement à l'infraction du 30 avril 2019 a été restitué ;

- et pour le surplus, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route,

- le code de procédure pénale,

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties ne sont ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande l'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions des 14 décembre 2012, 5 avril 2013, 20 avril 2013, 10 juin 2013, et 2 janvier 2020.

Sur le désistement partiel :

2. Par un mémoire enregistré le 13 avril 2022, M. B déclare se désister de ses conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 6 août 2013, 22 juillet 2015, 8 octobre 2017, 15 octobre 2018, 8 novembre 2018, 12 février 2019, 3 mars 2019, 20 mars 2019 et 30 avril 2019. Ce désistement est pur et simple, il y a lieu d'en donner acte.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points :

3. Les conditions de notification au conducteur des décisions de retrait de points ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification, à la supposer établie, des décisions de retrait de points successives est inopérant et doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable des décisions de retrait de points :

4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Et aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire, à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 14 décembre 2012 :

6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, que pour la période antérieure au 15 avril 2015, le ministre de l'intérieur indique que la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Néanmoins, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

7. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral du 12 avril 2022 que l'infraction du 14 décembre 2012 a été constatée par procès-verbal électronique produit par le ministre à l'instance et qui n'est pas revêtu de la signature du requérant. Il ressort par ailleurs de ce relevé que M. B n'a pas payé l'amende forfaitaire correspondante et qu'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée a été émis. Cette infraction étant antérieure à la date du 15 avril 2015, le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne peut être regardé, dans de telles conditions, comme apportant la preuve du respect des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la du code de la route. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être accueilli.

S'agissant de l'infraction commise le 2 janvier 2020 :

8. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral du 12 avril 2022 que l'infraction commise le 2 janvier 2020 a été constatée par procès-verbal électronique produit au dossier. Si le ministre produit une copie du procès-verbal de cette infraction, celui-ci n'est toutefois pas signé par le requérant et ne comporte pas la mention " refus de signer " qui doit être apposée par l'agent verbalisateur, ce qui ne permet pas d'établir sa présentation au contrevenant. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision de retrait de points relative à l'infraction du 2 janvier 2020 est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière et doit être annulée.

S'agissant des infractions commises les 5 avril 2013 et 20 avril 2013 :

9. Il résulte de la mention " CNT CSA " pour " centre national de traitement-contrôle des sanctions automatisées ", portée sur le relevé d'information intégral relatif à la situation de M. B que les infractions relevées les 5 avril 2013 et 20 avril 2013 ont été constatées par radar automatique. Lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

10. Il ressort du même relevé d'information intégral du 12 avril 2022 que les infractions relevées par radar automatique les 5 avril 2013 et 20 avril 2013 ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires pour le recouvrement d'amendes forfaitaires majorées. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne produit en défense aucune copie d'un document attestant du paiement spontané par l'intéressé des amendes forfaitaires majorées consécutives à ces infractions, ou copie des avis de contravention, de nature à établir que M. B aurait nécessairement reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route préalablement à l'édiction de ces titres exécutoires. Par suite, les décisions de retrait de points correspondant à ces infractions doivent être regardées comme étant intervenues au terme d'une procédure irrégulière et doivent être annulées.

S'agissant de l'infraction commise le 10 juin 2013 :

11. Lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de la délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

12. Dès lors que la réalité de l'infraction commise le 10 juin 2013 est établie par la condamnation, devenue définitive le 10 janvier 2014, prononcée par le tribunal d'instance ou de police de Pantin, le défaut de délivrance de l'information n'est pas de nature à entacher d'irrégularité le retrait de points prononcée à la suite de cette infraction.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

13. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte de cette disposition ainsi que de celles de l'article L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

S'agissant des infractions commises les 14 décembre 2012, 5 avril 2013, 20 avril 2013 et 2 janvier 2020 :

14. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral du 12 avril 2022 que des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions des 14 décembre 2012, 5 avril 2013, 20 avril 2013 et 2 janvier 2020 ont été émis, sans que M. B n'établisse qu'il aurait déposé une réclamation ayant entraîné leur annulation. Par suite, la réalité de ces infractions est établie.

15. Il résulte des mentions de ce même relevé que l'infraction du 10 juin 2013 a fait l'objet d'une condamnation pénale devenue définitive le 10 janvier 2014. Par suite, le moyen tiré du défaut de réalité de cette infraction doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à obtenir l'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions des 14 décembre 2012, 5 avril 2013, 20 avril 2013, et 2 janvier 2020 lui ayant retiré un total de douze points.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 6 août 2013, 22 juillet 2015, 8 octobre 2017, 15 octobre 2018, 8 novembre 2018, 12 février 2019, 3 mars 2019, 20 mars 2019 et 30 avril 2019.

Article 2 : Les décisions portant retrait de points relatives aux infractions des 14 décembre 2012, 5 avril 2013, 20 avril 2013, et 2 janvier 2020 sont annulées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La magistrate désignée,

L. A

La greffière,

T. Chonville

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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