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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203266

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203266

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantORIER Justine

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2022, M. C A, représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné, ainsi que l'arrêté du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, et de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il est en possession d'un passeport en cours de validité, qu'il justifie de sa résidence dans un logement personnel et que ses deux enfants résident en France depuis quatre années ;

- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il remplit les conditions pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour mais est dans l'impossibilité de déposer une demande en raison de la mise en place d'un système de prise de rendez-vous par internet ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a jamais eu connaissance des précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre et qu'il dispose de garanties de représentation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnait son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022, le préfet de police, représenté par Me Orier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Dupuy-Bardot, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Calvo Pardo, représentant M. A, qui reprend et développe les moyens de la requête et fait valoir plus particulièrement que M. A dispose de garanties de représentation et d'un passeport en cours de validité, contrairement à ce qu'a relevé le préfet, que la mesure d'éloignement méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que l'épouse de M. A est en situation régulière, titulaire d'un récépissé de demande de titre de jour et que M. A souhaite régulariser sa situation mais n'a pas pu trouver de rendez-vous disponible pour déposer une demande de titre de séjour, contrairement à son épouse.

Le préfet de police n'était ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant chinois né le 6 mars 1979, déclare être entré en France le 11 avril 2012. Il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement les 14 août 2013 et 17 janvier 2017. Par deux arrêtés du 23 février 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, en conséquence, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour par un arrêté du 17 janvier 2017 du préfet de la Seine-Saint-Denis, se trouve depuis lors en situation irrégulière et n'a pas effectué d'autre démarche en vue de régulariser sa situation au regard du droit au séjour. Il entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions susvisées. S'il fait valoir avoir tenté à plusieurs reprises d'obtenir un rendez-vous auprès des services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis pour déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour, les justificatifs sous forme de captures d'écran qu'il fournit font uniquement état de tentatives entre le 2 décembre 2021 et le 9 février 2022. En tout état de cause, les difficultés invoquées par l'intéressé, à les supposer établies, pour obtenir un rendez-vous en préfecture en vue de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour et, par suite, l'impossibilité qui en résulte de solliciter la régularisation de sa situation administrative, sont, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision d'éloignement en litige.

5. En troisième lieu, la circonstance que la situation de M. A justifierait son admission exceptionnelle au séjour, à la supposer établie, ne peut être utilement invoquée, dès lors que l'article L. 435-1 ne prévoit pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A se prévaut de sa présence en France depuis l'année 2012, ainsi que de celle de son épouse, de nationalité chinoise, et de leurs enfants, nés en Chine en 2007 et 2009, qui l'y ont rejoint respectivement en 2013 et 2017. Toutefois, son épouse est seulement titulaire d'un récépissé de demande de carte de séjour ne l'autorisant pas à travailler, expirant le 20 juin 2022. M. A n'établit pas avoir noué en France des liens d'une particulière intensité, ni ne justifie de circonstances faisant obstacle à la reconstruction de la cellule familiale en Chine. Il n'est pas davantage fait état d'obstacle s'opposant à la poursuite hors de France de la scolarité des enfants, qui a d'ailleurs été commencée en Chine. Enfin, il ne justifie d'aucune insertion professionnelle. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'est pas d'avantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Enfin, l'erreur de fait commise par le préfet, qui a indiqué à tort que les deux enfants de l'intéressé étaient en Chine, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors qu'il aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

9. En premier lieu, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il avait fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, auxquelles il n'avait pas déféré, les 14 août 2013 et 17 janvier 2017, et qu'il ne disposait pas de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il n'était pas titulaire d'un document d'identité en cours de validité, ni ne justifiait d'une résidence permanente et effective dans un local affecté à son habitation principale. Si M. A conteste avoir reçu notification des mesures d'éloignement précitées, il a contesté sans succès la première devant le tribunal administratif de Paris, ce qui établit qu'il en avait eu notification, et son avocate, interrogée sur ce point lors de l'audience, n'a pas formulé d'observations. En outre, si M. A établit que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne pouvait se fonder valablement sur les circonstances qu'il ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente ni d'un document d'identité, l'autre motif sur lequel le préfet s'est fondé pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, tiré de ce que l'intéressé s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, est établi, et il résulte de l'instruction que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ces deux motifs erronés. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du code précité dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

12. En premier lieu, l'arrêté attaqué fait état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois a été prise, et surtout se réfère expressément à l'obligation de quitter le territoire sans délai dont M. A fait l'objet. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

13. En deuxième lieu, le requérant soutient que la décision d'interdiction de retour a été prise en méconnaissance des droits de la défense et notamment du droit d'être entendu garanti par le Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient donc aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

14. En l'espèce, si M. A fait valoir qu'il n'a pas été entendu préalablement à la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, il ne fait état d'aucun élément pertinent qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration et qui aurait été susceptible d'influer sur le prononcé ou les modalités de la mesure prise à son encontre. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu préalablement à une décision administrative défavorable a été méconnu. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

15. En troisième lieu, le requérant soutient que le préfet de police aurait commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Toutefois, aucun délai de départ volontaire n'ayant été accordé à M. A, celui-ci n'invoque aucune circonstance humanitaire de nature à justifier qu'une interdiction de retour ne soit pas prononcée à son encontre. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que, dans les circonstances de l'espèce, le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en fixant à une année la durée de cette interdiction.

16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés préfectoraux en litige du 23 février 2022, de sorte que ses conclusions en annulation, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

N. BLe greffier,

Signé

R. Ayari

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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